lundi 12 juin 2017

Love is a dog from hell…


à C.P., en guise de potlach


"a single dog
walking alone on a hot sidewalk of
summer
appears to have the power
of ten thousand gods.

why is this?"

Je me récitais 
comme un dopant mantra 
ce poème de Bukowski 
en divaguant 
pendant des heures 
sur cet interminable boulevard
sous le cagnard tropical,  
pour ne pas tomber, 
pour tenir 
cent mille fois de suite 
un pas de plus. 
Il est effarant 
d'aller rôder 
dans des quartiers 
où l'on a vécu 
si longtemps 
mais où il ne reste 
aucune trace de nous. 
Pour rien au monde 
je ne voudrais 
y revivre 
et cependant la nostalgie 
était à son comble. 
Fort heureusement 
le soleil atroce 
et la canicule étouffante 
distrayaient le chagrin 
et la panique 
d'avoir aux trousses 
une horde de fantômes. 
La tête tournait 
jusqu'au vertige. 
J'avais perdu tout sens 
de l'orientation et toute notion 
du temps. Les fantômes 
se rapprochaient, 
bientôt ils me rejoignirent 
et me dépassèrent 
en m'ignorant. 
Le trottoir était si brûlant 
que les semelles fondaient, 
ce qui me retenait 
de me mettre à quatre pattes 
et de détaler 
comme un chien perdu : 
j'y aurais laissé 
la peau des mains. 
Un vrai chien 
me poursuivait maintenant, 
et je marchais 
de plus en plus vite. 
Malgré mes efforts 
il me rejoignit, me dépassa. 
Lui aussi m'ignora. 
Ce fut si troublant 
que je regrettais 
de ne pas avoir été mordu. 
Mais là-bas, 
devant moi, 
il stoppa une seconde 
sa course, s'accroupit 
et pondit une crotte 
fumante, noire, 
monstrueuse 
comme ma bonne étoile 
bouffée et rechiée 
par le diable. 
Je savais que je 
ne ferais rien pour l'éviter.

L. W.-O.

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