mardi 27 juin 2017

"Un risque de dommage sérieux pour la réputation de l’auteur…"




"Le fait d’écrire, outre le labeur exorbitant qu’il implique, comporte également un risque de dommage sérieux pour la réputation de l’auteur. Car c’est un des effets les plus curieux mais aussi les plus fréquents du passage à l’écriture que d’amplifier et décupler la médiocrité de propos ou de pensées qui, exprimés oralement et sous forme de conversation, peuvent fort bien « passer », apparaître même comme assez fins et justes. Je ne me suis jamais clairement expliqué la nature de ce mécanisme impitoyable qui transforme presque à tous les coups, du seul fait de la transformation de la chose parlée en chose écrite, une réflexion qui semble originale en platitude piteuse, une remarque qui semble pénétrante en trivialité, une idée qui semble intelligente en sottise, et ainsi de suite, – bref, qui transforme le plus souvent un homme intelligent, lorsqu’il n’écrit pas, en homme borné, lorsqu’il entreprend d’écrire. Je me contente donc de mentionner le fait sans l’expliquer, laissant à d’autres, s’ils en sont capables, le soin d’élucider le mystère."

Clément Rosset, Le Choix des mots

lundi 26 juin 2017

"Maintenant, nous savons que n’importe quoi peut nous tomber dessus…"

Ingmar Bergman



"Mes cauchemars sont toujours noyés, inondés de soleil et je hais les régions méditerranéennes justement pour cette raison. [...] Quand je vois un ciel infini sans nuage, je me dis, tiens c'est peut-être la fin de notre planète…"
***
"Tout existe côte à côte et s'interpénètre ; comme d'immenses motifs qui changent sans cesse ; de la même façon il doit y avoir un nombre illimité de réalités, pas seulement la réalité que perçoivent nos sens mais un tumulte de réalités s'enroulant et se déroulant, dedans et dehors. Seuls la peur et le bon sens établissent des obstacles. Il n'y a pas de limites."

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"Chaque jour, chaque heure, chaque minute de notre vie est quadrillé. Et dans chaque petit carré, il est inscrit ce que nous devons faire. Les carrés se remplissent au fur et à mesure et bien longtemps à l’avance. Et qu’il y ait soudain un carré sans rien de prévu, nous voilà pris de panique et nous nous dépêchons de le remplir avec toutes sortes de pattes de mouches."

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"Dans le temps, on croyait que rien ne pouvait nous arriver. Maintenant, nous savons que n’importe quoi peut nous tomber dessus. C’est, en fait, toute la différence."

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"La vie a exactement la valeur qu'on lui attribue."

Ingmar Bergman

mercredi 14 juin 2017

"Mes espaces sont fragiles" (Vivre chez Perec ?)

L'appartement de Georges Perec 
est à vendre sur Le Bon Coin.
Le fantôme est en bonus.

"Bientôt, le vieil appartement deviendra un coquet logement, double-liv. + ch., cft., vue, calme. Gaspard Winckler est mort, mais la longue vengeance qu'il a si patiemment, si minutieusement ourdie, n'a pas encore fini de s'assouvir." 
La Vie mode d'emploi














"J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources …


Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance), le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…


De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié. L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.



Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire, je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés. Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière : " Ici, on consulte le bottin " et " Casse-croûte à toute heure".


L’espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes…

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes."

Georges Perec, Espèces d'espaces


lundi 12 juin 2017

Love is a dog from hell…


à C.P., en guise de potlach


"a single dog
walking alone on a hot sidewalk of
summer
appears to have the power
of ten thousand gods.

why is this?"

Je me récitais 
comme un dopant mantra 
ce poème de Bukowski 
en divaguant 
pendant des heures 
sur cet interminable boulevard
sous le cagnard tropical,  
pour ne pas tomber, 
pour tenir 
cent mille fois de suite 
un pas de plus. 
Il est effarant 
d'aller rôder 
dans des quartiers 
où l'on a vécu 
si longtemps 
mais où il ne reste 
aucune trace de nous. 
Pour rien au monde 
je ne voudrais 
y revivre 
et cependant la nostalgie 
était à son comble. 
Fort heureusement 
le soleil atroce 
et la canicule étouffante 
distrayaient le chagrin 
et la panique 
d'avoir aux trousses 
une horde de fantômes. 
La tête tournait 
jusqu'au vertige. 
J'avais perdu tout sens 
de l'orientation et toute notion 
du temps. Les fantômes 
se rapprochaient, 
bientôt ils me rejoignirent 
et me dépassèrent 
en m'ignorant. 
Le trottoir était si brûlant 
que les semelles fondaient, 
ce qui me retenait 
de me mettre à quatre pattes 
et de détaler 
comme un chien perdu : 
j'y aurais laissé 
la peau des mains. 
Un vrai chien 
me poursuivait maintenant, 
et je marchais 
de plus en plus vite. 
Malgré mes efforts 
il me rejoignit, me dépassa. 
Lui aussi m'ignora. 
Ce fut si troublant 
que je regrettais 
de ne pas avoir été mordu. 
Mais là-bas, 
devant moi, 
il stoppa une seconde 
sa course, s'accroupit 
et pondit une crotte 
fumante, noire, 
monstrueuse 
comme ma bonne étoile 
bouffée et rechiée 
par le diable. 
Je savais que je 
ne ferais rien pour l'éviter.

L. W.-O.

dimanche 11 juin 2017

une godasse, des Godot










Video : Werner Herzog mange ses godasses



"Voilà l'homme tout entier, s'en prenant à sa chaussure alors que c'est son pied le coupable. "

Samuel Beckett, En attendant Godot





vendredi 9 juin 2017

"Qu'à lever la tête…"

Montagnes de 

"Qu'à lever la tête
c'est la beauté
qu'à la lever
qu'à la
lever.
Je vous embrasse
Sam"

Samuel Beckett, 
Carte postale
de Courmayeur
à Anne Atik
7 juillet 1980


Ci-dessous, d'autres
Montagnes de 




mercredi 7 juin 2017

"N'en parlons pas"



"Les larmes du monde sont immuables. Pour chacun qui se met à pleurer, quelque part un autre s'arrête. Il en va de même du rire. Ne disons pas de mal de notre époque, elle n'est pas plus malheureuse que les précédentes. N'en disons pas de bien non plus. N'en parlons pas."
Samuel Beckett, En attendant Godot