mercredi 28 décembre 2016

"À chaque jour suffit sa joie." (Clément Rosset tombé du ciel)

Clément Rosset, capturé par La Main de singe ©





(On trouvera en fin de billet moultes autres cadeaux rossettiens)

On me demande ce que je peux bien faire, ce que je deviens, pourquoi je fournis la vitrine de ce blog avec une telle irrégularité, si quelque chose ne tourne pas rond, si par hasard je ne serais pas mort, ou si je ne me foutrais pas un peu sinon beaucoup de la gueule du monde etc… Voilà bien des questions, que je trouve fort indiscrètes même quand je me les pose moi-même, ayant  disparu de mes propres radars et auxquelles je suis aussi réticent qu'incapable de répondre. Moins on en sait, et "moi" le premier, sur mon compte, mieux je me porte n'est-ce pas !

La supposition ci-dessus la moins sympathique en apparence s'avère en fait la plus juste et répond presque à ma place puisqu'elle dit en une formule lapidaire et éloquente ce que je ne pourrais dire qu'en toujours trop de mots, comme chaque fois qu'il s'agit d'évoquer sinon le réel, indicible, lui, mais du moins un semblant de réalité et se fendre d'une réponse sans tricher — très certainement donc, oui : je me fous de la gueule du monde.

Je pourrais me contenter de dire, comme Clément Rosset (citant son père) : "À chaque jour suffit sa joie." À quoi j'ajouterai, pour confirmer cet adage : "car les emmerdements ne manquent pas, leur nombre et leur nature s'aggravant de jour en jour, ce qui somme toute est assez banal et ne mérite guère qu'on s'en lamente publiquement plus qu'un autre." Autrement dit, pour reprendre une autre formule fameuse de Clément Rosset : "Soyez heureux ! Tout va mal !"

Dans le même registre, c'est franchement hilare que son ami Cioran lançait à la cantonade son légendaire "Tout est foutu !" — "mot" que, parmi les amis de Cioran, seuls sans doute Clément Rosset, Samuel Beckett, Henri Michaux et Paul Valet savaient goûter sans faire la grimace, gagnés d'avance à la contagion de son hilarité. Les fâcheux et les faux amis de Cioran, eux, ne riaient que jaune, ce qui sans doute augmentait encore son hilarité. Puisque la période des abominables vœux du Nouvel An approche, on pourra tester avec la famille, avec les prétendus amis, ou au boulot, l’effet garanti de ces formules magiques, en en faisant cette année celles de ses vœux : à tout coup on fera ainsi du vide autour de soi, ce qui s'avèrera un bienfait et une augmentation de confort, autrement dit ce que l'on peut espérer de mieux pour l'année à venir. 

N'étant moi-même pas plus chien que ces deux compères aussi lucides que réjouissants, je répondrai quand même aux curieux de mon sort, en faisant deux ou trois confidences.

Nos abstentions révèlent de nous un portrait plus certain que celui, en trompe l'œil ou caricatural, que s'ingénie à donner, pour la galerie, la comédie de nos faits et gestes.

Je n'ai pas plus fêté Noël que je n'ai observé le Ramadan, participé à la primaire de la Droite, risqué l'éparpillement "façon puzzle"  sur les abominables Marchés de Noël, couru les commerces pour des cadeaux, foncé faire du ski, voté pour Miss France…

Ne fréquentant aucune famille (pas plus la mienne que celle des autres) je ne me suis attablé nulle part ailleurs que dans ma tanière et n'ai vu de dindes que blablatantes dans des émissions de télé et en guise de bûches me suis contenté de celles débitées par Thomas Bernhard dans Des arbres à abattre (où l'on trouve aussi beaucoup de dindes bavardes et mal cuites), 


De même, en lecteur averti de La Chute dans le temps, je ne risque pas de fêter le Jour de l’An. Je ne goûte les joies de la Nuit de la Saint-Sylvestre qu’en lisant le conte d’Hoffmann, Aventures de la Nuit de la Saint-Sylvestre ou son remake schmidtien. Voilà deux relectures de saison qui garantissent un réveillon singulier loin de la vulgarité des hordes festives, dont on se gardera des décibels terroristes en écoutant par exemple du Mozart au casque et en sirotant du Chateau Châlon, ce qui serait une manière de trinquer à distance avec Hoffmann, Clément Rosset et Cioran.

Comme il s'agit de la plus longue nuit de l'année, j'ajoute ci-dessous de quoi oublier (sans avoir besoin de se suicider ou de les exterminer ou de mettre la télé et se gaver d'antidépresseurs) les cons, leurs fêtes à neuneu, leur boucan, leurs mirlitons, leurs pétards, leur décompte à l'unisson, leurs embrassades monstrueuses, leur Danse des Canards, en passant des heures et des heures sans se lasser avec Clément Rosset, sinon en personne, du moins dans des vidéos burlesques et des entretiens relevant du stand up le plus cruel.

Voilà qui prouve de facto qu'"à chaque jour suffit sa joie." Même le pire de l'année.

Et on dira encore après ça que je me fous de la gueule du monde.

L. W.-O.

DU CLÉMENT ROSSET TOMBÉ DU CIEL !

Faute de neige, c'est du Clément Rosset, presque à la tonne, qui vient de tomber du ciel à Noël. Enfin ! ENFIN !!!!!!!!!!!! Un inconnu (qui est peut-être, allez savoir !, le dénommé Santiago Espinosa, traducteur et ami de Clément Rosset, et webmaster de son cocasse site "officiel" ?) a ouvert primo sur YouTube une "chaine" consacrée aux "Archives Clément Rosset", sur laquelle il a commencé à donner moultes videos rares, deuzio sur MixCloud son équivalent pour la matière uniquement sonore ou radiophonique. Voilà des années que j'attendais un tel miracle. Gloire et gratitude à celui a eu cette initiative délectable.

Puisque ces mises en ligne sont proposées pour être partagées et diffusées et que l'on ne sera pas nombreux à en faire la publicité, je ne me gêne pas pour en pirater ici quelques-unes. J'avais déjà fourni ce blog depuis des années avec toutes celles que je trouvais. Me voici désormais soulagé par ces deux magasins cybernétiques bourrés de matériel garantissant des heures et des heures de réjouissances. Je ne saurais trop conseiller de télécharger toutes ces raretés. On ne sait jamais.
 L. W.-O.




Clément Rosset invité par Christine Goémé pour À Voix nue, sur France-Culture, en 1994.



Clément Rosset / Le temps de vivre


Clément Rosset interviewé chez lui par Camille Tassel. (J'avais déjà, il y a quelques années piraté sur ce blog toutes les videos de cet entretien épatant, puisque sauf la première, elles avaient disparu de la Toile. Mieux vaut le voir ici dans sa totalité et non pas saucissonné.)


Clément Rosset  en 1998 à propos de l'idiotie, extrait du fameux documentaire de Jean-Pierre Limosin consacré à Thomas Bernhard dans la série Un siècle d'écrivains (que curieusement l'on ne trouve pas en ligne dans sa totalité)



Clément Rosset invité par François Noudelman pour "Autrement Philosophes"



BONUS : les 29 billets consacrés à Clément Rosset sur La Main de Singe

3 commentaires:

Christine Saint-Geours a dit…

Merci, voilà qui va occuper les jours à venir !

BiBi a dit…

Eh bien, voilà quand-même mes voeux :
soyons Clément pour cette année.

Gustavo Woltmann a dit…

N'oublions pas que les années avaient plus de valeur par le passé. Donc bonne année quand même.

Gustavo Woltmann