mercredi 14 décembre 2011

"Je dirai que je suis tombé…"



Video ci-dessus : Roland Dubillard avec Pierre Dumayet, le 28 novembre 1962.
Gaffe : Dubillard n'entre en scène qu'à la 34ème minute.


Dubillard est mort.
Ah Merdre !

"On n’a qu’à regarder ses deux mains pour se rendre compte que l’esprit de contradiction est tout de même capable d’obtenir de beaux résultats." 

"Jouer la comédie pour quelqu'un, c'est essayer de lui faire comprendre qu'il n'est pas là."


« Dans la nuit j’ai construit ma nuit,
j’ai couché mon ombre avec l’ombre.
Le plaisir a pris mon plaisir.
Mon souffle m’a donné au vent. »



Roland Dubillard


Dans Le Figaro (une fois n'est pas coutume !) :
Le récit d'une rencontre avec Dubillard, chez lui, en 2004

Une galerie de portraits de Dubillard acteur sublime

dimanche 11 décembre 2011

Tête en l'air

La promenade d'André Dhôtel, par L. Watt-Owen, Canal de Rilly, Ardennes, 2009 / click to enlarge

La route de Rethel, Ardennes, par L. Watt-Owen ©, 2009 / click to enlarge

Ciel de Roche, Ardennes, par L. watt-Owen ©, 2009 / click to enlarge

Orage de nuit à Roche, Ardennes, par L. Watt-Owen ©, 2009 / click to enlarge


Le ciel me suffit.
L. W.-O.

vendredi 9 décembre 2011

Les Pentes fabuleuses

Les Phénomènes de la nature par L. Watt-Owen ©, avril 2007

Plusieurs éditeurs m'ont proposé ces dernières années de ressortir  Les Pentes fabuleuses, ce petit livre si ancien, qui avait déjà connu (sous un autre sobriquet)  plusieurs rééditions, depuis la première, en 1990, sous un autre titre. La dernière, en "poche", avait paru en 2003 . 
La récente faillite de l'éditeur est une aubaine : j'en ai récupéré le copyright. Ouf !
Comme il ne se passe pas de semaine, depuis toutes ces années, sans que de nouveaux lecteurs m'en causent, je me chargerai donc moi-même de le rééditer, dans quelques semaines, dans une version corrigée, augmentée et illustrée. On n'est jamais si bien servi que par soi-même. D'autant que, malgré un contrat, l'éditeur verni n'a pas cru devoir me verser un centime de droits sur cet ouvrage qui a tout de même eu un inattendu et bien chouette  petit succès et se classait "top vente" du copieux (et excellent) catalogue. Quand je vois qu'il continue, malgré la cessation d'activité de l'éditeur, à se vendre en neuf sur les librairies en ligne, je voudrais bien savoir dans quelles poches va le fric ! Autant que ce soit, enfin !, dans les miennes. Cette réédition attendra toutefois que, sur les mêmes sujets et dans les mêmes décors, on donne une monstrueuse dinguerie, qui paraîtra en feuilleton sur ce blog dès que j'en aurai assez sous le coude.
L. W.-O.


Ci-dessous, quelques extraits, décousus, des Pentes fabuleuses trouvés sur la Toile

" Beyriat, les années soixante.

À part ma vie furtive dans les arbres, je n'aurai jamais rien aimé autant que les moments magiques où la nuit se convertit en jour et le jour en nuit. Les bonnes aurores. Les soirs bordés d'or. Les deux bouts de la nuit, les deux bouts du jour.

 

Je guettais l'aube en douce au carreau de la chambre ou carrément grimpé sur le parapet de la fenêtre par le grand-père qui revenait spécialement de traire à l'écurie, me réveillait, délicat, et me faisait partager le spectacle incomparable des Alpes qui s'enflammaient, tandis que je buvais à pleines paumes le lait encore fumant tout juste trait dont il me montait un bol, que je croyais puisé à même les pentes brûlantes du Mont-Blanc, je ne regardais pas ce que j'avalais, je fixais la rouge gueule cinémascope des Alpes qui s'ouvrait comme la mienne, j'essayais de ne pas imaginer que le lait avait la même consistance que le sang craché là-bas par ma mère.
 

Je me recouchais un moment, sans me rendormir, avec en oreiller le livre que j'allais bientôt rouvrir dès les pieds sous la table. Je revotais fabuleusement, j'étais bien. Je n'existais pas encore. Je vivais. Tout simplement. Je me sentais vivre.
 

Je dévalais l'escalier d'un coup. Tonnerre des semelles ren­forcées.
 

Le plus clair comme le plus noir du temps, j'allais par du papier quand ce n'était pas par la belle nature, et même, la plupart de ce temps si clair et si noir, j'emportais ce papier par cette nature, c'était chaque matin la promesse d'un beau et bon matin que commençaient de broyer les paroles et les boucans humains, alors dès le réveil c'était vite ! vite ! Mon papier, et souvent, à peine le bol vidé, c'était dare-dare dehors, avec la musette pleine de papier fabuleux, de crayons magiques, de choses secrètes - je possédais même une petite machine à écrire de dans-le-temps, laquée de noir chinois, et une lunette astronomique, autre merveille dénichée à Hongkong, spécialement pour moi, par ma tante cosmopolite.

(…)

Je faisais semblant de lire, assis dans la cuisine. La porte est ouverte au matin comme le livre: je regarde pleuvoir sur le cerisier. Feuilles et fruits laqués. Du vrai vert, du vrai rouge, des éclats d'or. Le tronc, un torse de nègre en sueur élevant à bout de bras une danseuse baroque du carnaval de Rio, la femme-toucan. L'averse crépite sur les tôles et les capots. (Bouts de crayons et babioles dans la boîte remuée. La machine à écrire entendue toute la nuit. Galop d'ongles sur la vitre. Ou le bruit trop fort du feu dans les films.)
 
Le beau matin. Le beau et bon matin. Je suis du matin.
 
Il fait fou.
 
L'orage s'énerve. Ambiance mythologique des vignettes en couleur dans la Géographie : Les Phénomènes de la nature.
 
La femme-toucan a la danse de Saint-Guy, sa robe de plumes vertes se trémousse, se soulève, le nègre transpire mais tient bon. Plus elle danse plus les tambours s'excitent, plus les tambours s'excitent plus elle danse.
 
Toucan... boucan... bouquin (mon Toutankhamon)... eh mon con... tend ton quinquin et tend ton cou !... t'entends pas tout...
 
Je fais mine de lire, ou d'écrire, ou colorier. Je tue le temps dans des histoires qui n'en finissent pas ou dans de la couleur délayée d'ennui, ou par de l'écriture qui va n'importe où, prend toutes les formes, parce que je ne regarde pas vraiment ce que je lis ou trace, je regarde dehors en même temps.
 
Face à moi le fracas du matin, dont la porte de la cuisine, toujours ouverte, cadre la luminosité survoltée. Derrière moi le grondement sourd du feu qui couve dans la cuisinière. 

(…)

La haine de l'ennui, énorme. Le bonheur de la flemme. De quoi je me serais plaint ? C'était les beaux jours ou jamais et je le savais et j'en profitais. Les montagnes fantastiques, les forêts médiévales, la girandole des pentes, les prés, les champs volubiles, les blés, les cailloux, les vaches, le chien, la ferme, l'imprimerie, le tracteur, les tronçonneuses, les machines, les beaux outils, tout ce qu'on bouffe, boit, respire, renifle, aperçoit, ressent, mon bel état d'idiotie bienheureuse, la joie des cerises, des fraises et des patates, et du fromage par goinfrées, les ruisseaux où se tremper le cul, les tropiques dès les foins de juin, les pluies démentielles, le vert fabuleux des printemps, les automnes couleur de pain avec la brume comme de la mie, les neiges de ruée vers l'or, la complicité des bêtes, des légumes et des éléments, les rêves en technicolor, ma vie dans les arbres... les merveilles étaient encore tellement plus nombreuses que les démons. Je ne faisais pas de différence entre lire et regarder autour de moi, je passais insensiblement de l'un à l'autre. En bout de ligne ou de page, mes yeux continuaient dans le décor, je déchiffrais mon Arthur Gordon Pym avec les mêmes yeux que je lisais la montagne gravée de cicatrices, une phrase de cailloux dans la cour, un nuage parmi le vaste ciel, un peu d'eau qui coule entre les herbes, une mécanique qui déconne, la lente mélancolie d'un bestiau, la pluie battant le carreau ou le feu tout juste allumé, encore si incertain et qui profitera de la moindre inattention pour ne plus prendre, je fixais chaque phrase comme l'incandescence rebelle du filament dans l'ampoule qu'on vient d'éteindre. Je lisais en plissant les yeux, comme lorsque je cherchais à ne plus voir que mes cils, quand je faisais semblant d'être mort, en trichant un peu et que, déjà, de peur d'y rester vraiment, les paupières tremblent, le masque du museau se tord en grimace lente, les quinquets piquent et pleurent deux gouttes qui brouillent le ciel à la renverse tandis que couve dans le chatouillis de la gorge l'imminente déflagration d'un rire phénoménal à en souffler les montagnes."

extrait de 
Les Pentes fabuleuses 






mercredi 7 décembre 2011

Autoportrait chinois

 
« Quand vous êtes capable, feignez l’incapacité. 
Quand vous agissez, feignez l’inactivité. 
Quand vous êtes proche, feignez l’éloignement. 
Quand vous êtes loin, feignez la proximité. » 
 
Sun Tse, L'Art de la guerre

mardi 6 décembre 2011

Chauffe Marcel !




"(…) Il y a plusieurs mois que je ne porte plus que des cols roulés. Faites en autant, c’est beaucoup mieux. (…)"

Jacques Lacan, extrait de la 
Lettre inédite de 1969
à Roger Dextre et Jean-Paul Sauzède
publiée dans La Main de singe, numéro 1, 1991

lundi 5 décembre 2011

"Écrivons attendant de plus fermes plaisirs…"

Magnificat, par L. Watt-Owen ©, Marais de Lavours, 2008 / click to enlarge

Mon Dieu, que je voudrais que ma main fût oisive, 
Que ma bouche et mes yeux reprissent leur devoir. 
Écrire est peu : c’est plus de parler et de voir, 
De ces deux œuvres l’une est morte et l’autre vive. 

Quelque beau trait d’amour que notre main écrive,
Ce sont témoins muets qui n’ont pas le pouvoir
Ni le semblable poids, que l’œil pourrait avoir
Et de nos vives voix la vertu plus naïve.
 
Mais quoi : n’étaient encor ces faibles étançons
Et ces fruits mi-rongés dont nous le nourrissons,
L’Amour mourrait de faim et cherrait en ruine :
 
Écrivons attendant de plus fermes plaisirs,
Et si le temps domine encor sur nos désirs,
Faisons que sur le temps la constance domine.

Jean de Sponde

dimanche 4 décembre 2011

"Aucune place pour lui-même…"

Autoportrait par L. Watt-Owen ©, Le Tréport, juillet 2011 / click to enlarge
"Dans tout cela il n’y avait pas la moindre place pour Robert Herrick. Il avait épousé le creux de la vague dans les affaires des hommes, et la vague l’avait emporté au loin ; il entendait déjà mugir le maelström qui devait l’envoyer par le fond. Et dans son âme harcelée et déshonorée, il n’y avait aucune place pour lui-même."

Robert-Louis Stevenson, Le Creux de la vague

vendredi 2 décembre 2011

"la place vide qu'on occupe"




Parce qu'ils m'ont touché, je redonne ici, de façon plus visible, le commentaire de "Roma" à mon précédent billet, ainsi que la vidéo ci-dessus de Nicolas Repac qu'il évoque, et que je découvre à cette occasion. L. W.-O.

le souvenir, au cœur, la trace vive, l'enfance de l'art, sans pensée, des sauts, juste des apparitions, lamelles de miroir, le temps un moment, les volets que cogne le vent, la place vide qu'on occupe

un faible pour Nicolas Repac -
La nuit mène une existence obscure 
Roma




mercredi 30 novembre 2011

Tout craché

Le père de ma mère le jour de ma naissance © L. Watt-Owen / click to enlarge

Autoportrait, juillet 1994, par L. Watt-Owen © / click to enlarge

Le jour de l'enterrement de sa fille, en juillet 1994, j'ai soudain la lubie de reprendre, de mémoire, sur le même escalier de la ferme, la même pose que, le jour de ma naissance, en août 1957, le père de ma mère, parce que j'ai perdu la même photo que sa fille avait bien voulu prendre pour moi, sur ce même escalier de la ferme, en juillet 1981, le jour de l'enterrement du père de ma mère.
L. Watt-Owen

Les nuits blanches

Les Nuits blanches par L. Watt-Owen © 2005 / click to enlarge
 
 
"Je tourne dans mon lit ; je remue mes notes ; des pensées troubles et folles se bousculent dans mon crâne ; l’arrière de ma tête me fait mal, je sens une douleur lancinante ; mes tempes sont brûlantes ; je me suis replié sur moi-même ; tout en tenant la couverture devant les yeux, je pense. Je suis las ; si je pouvais ouvrir ce crâne et faire sortir toute cette masse molle, grise et entortillée de ma tête et la jeter aux chiens."
Sadegh Hedayat, Enterré vivant, José Corti ed. 
via Membrane, le blog de Romain Verger

Bonus
Sadegh Hedayat dans La Main de singe




mardi 29 novembre 2011

Quand Michel Onfray se mouillera-t-il ?

Dessin de Roland Topor



Ci-dessus : Extrait d'un reportage de France 2

Rude concurrence pour le charlatan Onfray, ce marchand d'Art de jouir à portée de main de tous les trous-du-cul qui ne savent comment s'y prendre. Mais ce bonimenteur volubile n'a que la gueule de bonne (comme disait ma mémé) et réclame d'être cru sur parole : voici la philosophe Shannon Bell, autre monstre de foire, qui, elle, se mouille, pour prêcher l'avènement d'"un monde où le talent éjaculatoire des femmes s'accomplit totalement"
On se prend à rêver de la rencontre de l'Onfray avec la Angot sur la scène de l'Université populaire de Caen. Son érotique solaire réchaufferait-t-elle ce glaçon ? Ce serait le grand test ! 
Las ! Autant rêver à la rencontre de la grenouille amérouicaine Shannon Bell avec le bœuf DSK sur la table de dissection des Experts.
L. Watt-Owen

Si on ne les connait déjà, on se payera avec profit ces bonus de 
mes précédents vacheries sur Onfray et sa secte, 
lesquelles m'ont valu menaces et noms d'oiseaux, par des rats de blog.
Ce dont bien-sûr, je m'honore.

Michel Onfray, l'Ami Public N°1

De la diffamation considérée comme un des beaux-arts

Concurrence des charlatans

La Fin du monde

Pompes funèbres


Bouche Mouche from eppur on Vimeo.







lundi 28 novembre 2011

INTERLUDES POUR INSOMNIAQUES / 27




La pierre Ingá, mystère préhistorique du Nordeste brésilien from Ulysse, la culture du voyage on Vimeo.


Mémoires du désert MD from Jean-Pierre Durand on Vimeo.



" Un livre, il faut le voir comme un miroir. Si c'est un singe qui y jette un œil, il ne lui renvoie certes pas l'image d'un saint."

Lichtenberg

BONUS

Le Singe, le Marquis, le Bison, la Nouille et le Bossu

Pour ceux qui l'auraient loupée,
ma récente missive au Marquis de l'Orée 
à propos des traductions de Lichtenberg, 
suivie de la réponse dudit Marquis…


Rappel : tous les INTERLUDES POUR INSOMNIAQUES sur ce blog

dimanche 27 novembre 2011

" Comme un petit chien…"


Le Chien de Panizza, par L. Watt-Owen ©, 2009 / click to enlarge


" (…) L'enfance court toujours à vos côtés, comme un petit chien qui, autrefois, a été un gai compagnon et qu'on doit, maintenant, soigner et panser, à qui on prodigue mille médicaments pour qu'il ne vous meure pas entre les doigts. L'enfance longe les fleuves et elle descend les cols; pour peu qu'on l'aide un peu, elle échafaude les mensonges les plus extravagants et les plus tortueux. Elle ne protège pas contre la douleur, ni contre l'indignation. Des pensées noires vous traversent comme des chats sournois. "

Thomas Bernhard, Gel
traduction de Boris Simon et Josée Turk-Meyer, 
 NRF, Du Monde Entier, éd. Gallimard

vendredi 25 novembre 2011

vendredi 18 novembre 2011

" I wanna be solitary ! It's great ! It's glorious !"

Trio infernal : Charles Bukowski, sa machine & Céline !
" Les écrivains posent un problème. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend comme des petits pains, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend moyennement, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit est publié et se vend très mal, l'écrivain se dit qu'il est génial. Si ce qu'un écrivain écrit n'est jamais publié et qu'il n'a pas assez d'argent pour s'éditer à compte d'auteur, alors il se dit qu'il est vraiment génial. En fait, la vérité est qu'il y a très peu de génies. Le génie n'existe quasiment pas, il reste invisible. Mais vous pouvez être assuré que les pires gratte-papier ont une confiance inébranlable en eux-mêmes."

Charles Bukowski, Women











küçük bir atom bombası - charles bukowski from mert karakuzu on Vimeo.



jeudi 17 novembre 2011

" que, que – etc…"

Autoportrait à Offranville par Louis WATT-OWEN, 2008 / click to enlarge


« Je suis passé hier soir devant une glace de magasin, et c’est elle qui m’a sauvé en me situant à mes propres yeux dans le monde des passants, dans le tableau de cette soirée. Mal vêtu, chemise pas changée de plus d’une semaine, pas rasé, l’air fatigué, obsédé, même un peu hagard, et en s’approchant bien, on pouvait voir des cheveux gris à mes tempes. Tel était ce rôdeur. Sachez aussi  qu’il traduit des livres qu’il n’aime pas, qu’il a des crises de paresse anéantissantes, qu’il est sournois, que, que – etc… »

Henri Thomas, autoportrait du 31 juillet 1942
in Carnets 1934-1948
Éditions Claire Paulhan, 2008

BONUS
D'autres bonnes feuilles des Carnets à lire .

Henri Thomas dans La Main de singe

"On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté"

"Ah les choses tombées !"

 

 

Sans rien autour…

Autoportrait à la montagne par L. Watt-Owen ©, 2007 / click to enlarge

« N’ayant plus de maison ni logis, 
Plus de chambre où me mettre,
Je me suis fabriqué une fenêtre,  
Sans rien autour. »

Armen Lubin

mardi 15 novembre 2011

"…quelques brins de tabac noir incrustés dans l’épais papier d’un Plutarque…"

À l'heure où,  dans ce pays grotesque, quasi tout le monde se targue le plus sérieusement d'avoir du goût, à quel critère infaillible je reconnais illico un véritable homme de goût ?
Si il est lecteur de Jean Louis Schefer ! 
On me dira que ce critère réduit considérablement le nombre des hommes de goût potentiels.
Certes ! Et ce nombre riquiqui, ramené ainsi à de plus sérieuses proportions, prouve la cruelle finesse de sa pertinence.
L. W.-O.


Jean Louis Schefer par L. Watt-Owen ©



Du Jour au lendemain- France Culture - 
27-12-2010 by editions POL


"(…) J’imaginais que la nature devait pourtant respirer encore. J’avais senti l’effet du vent  d’origine indevinable, le souffle brusque accompagné du gémissement humain des grands arbres dont les troncs se frottaient en grinçant comme des portes, et la pluie des feuilles, des petites branches, les oiseaux faibles jetés du nid, la pluie griffante, les toiles d’araignée bombées comme les voiles de navires et partout des mugissements de bêtes invisibles, les  heures de pluie retenues par les feuilles qui longtemps encore continuent, après le passage de cette nuit furieuse, de perler l’air d’un bruit très léger aux premiers cris jetés par des oiseaux et que semble annoncer de nouveau, comme rebâtissant un théâtre, le dessin des colonnes de lumière, épaisses, denses, qui traversent comme du verre des couches de feuillage pour animer les mares brusquement formées sur le sable et la terre bordée de lentes fougères, seul parfum, âcre, dur, violent dont je pensais qu’il avait été le parfum de la préhistoire.
À vrai dire, parfum respiré encore dans les livres anciens qui font – comme les pommes pourrissant dans le tiroir de Schiller – toute mon ivresse la plus secrète et que je respirais déjà comme l’on eût pris autrefois un opium, avec la conviction que c’était bien l’odeur des siècles, des pays, des nuits d’étude sous la lampe qui s’était chimiquement préservée, que je pouvais à volonté priser, avec parfois la découverte entre les pages d’une rature d’encre brune, de notes marginales d’un lecteur ancien et de quelques brins de tabac noir incrustés dans l’épais papier d’un Plutarque du XVIe siècle ou les signatures en bouclettes datant la propriété d’un volume de Vossius dans lequel il m’arrive encore de respirer des parfums alors que je crois lire.
De ce tremblement dont nous imaginions qu’il nous avait réellement mis au monde, je devinais que les maisons étaient désormais des écrans de papier à l’abri desquels nous saurions écrire, dessiner et laisser traîner le pinceau de l’aquarelle. Plus rien désormais ne devait être solide ni aucun corps survivre à la perpétuelle mort du Christ qui a fait tout le poème de notre enfance.
(…)"

Jean Louis Schefer, De quel tremblement de terre, POL éditeur ©

RAPPEL & BONUS

Une chronique de Jean Louis Schefer 
à propos de La Jetée de Chris Marker
sur le site L'oBservatoire
 
Jean Louis Schefer dans La Main de singe

L'HOMME ORDINAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE 

(Archives Main de singe, 1991)

"Quelque chose de très simple…"

(sur le peintre Martin Barré )

Lien :

Jean Louis Schefer est principalement publié aux éditions POL

dont le site donne moultes bonnes feuilles

à télécharger en PDF et lire

Hip Hip Hip Hourra !


Vidéo ci-dessus :
Au pays des mages noirs par Jean Rouch (1947)




Piqué dans la presse ce matin :

Humphrey, un hippopotame "de compagnie" tue son maître

 

" Humphrey, un "pet" hippo de 1200 kg, (voir video ci-dessus) a mordu le commandant Marius Els, 40 ans, l’a entraîné dans l’eau et l’a tué, selon le journal Beeld. L’incident s’est produit samedi sur les bords de la rivière Vaal, dans la province centrale de l’Etat libre à Orkney en Afrique du Sud. Humphrey, qui a environ six ans, avait été sauvé d’une inondation alors qu’il était encore un bébé, et avait été élevé comme un animal de compagnie. L'homme avait été prévenu de nombreuses fois de la dangerosité de l'animal mais n'avait pas tenu compte des avertissements des spécialistes. "



Vidéo ci-dessous : 
un autre pet hippo, qui aura la chance, lui, de massacrer toute une famille !

lundi 14 novembre 2011

Pour saluer Zanzotto…










Le grand poète italien Andrea Zanzotto est mort le 18 octobre, dernier, à l'âge de 90 ans.
Je l'avais publié à plusieurs reprises dans La Main de singe,  en 1995 et 1996, (dans des traductions de Phlippe di Meo, qui se dépensa sans compter pour le faire connaitre en France).
N'ayant pas sous la main ces numéros, je ne saurais donner plus de précisions.
Ni même en citer quelques extraits.
Je me rattraperai bientôt.
Mais je n'ai pas oublié, parmi ses contributions, ces forts hommages rendus à Pier Paolo Pasolini et à Nico Naldini.
J'ai deux ou trois courriers qu'il m'avait expédiés alors, en lecteur de la revue.
Eux aussi sont égarés dans mon joyeux bordel.
Je voulais juste marquer le coup de cette disparition, qui me touche. 
Je mesure la grande chance d'avoir pu le publier.

L. W.-O.


" un journaliste local, vétéran,
dans des vieilles enveloppes ses coupures de presse existent bien – :
comme il donnait à cette région minuscule
à ce petit jeu de collines,
espaces pour le moins australiens,
grâce à des souffles-de-verrier dannunziens !
ou pour le moins canadiens,
grâce à des tourbillons de langage dannunzais !
Comme cette résolution optique était sans pareil !
« Les caravanes descendent à la Pieve »
« Elles viennent par la callai »
« Du Passo delle Donne , de la
Riviera delle Rose, de l’Ermitage de Giotto »
(merveilles géographiques
vertigineusement inidentifiables
et pourtant douées d’un épuisant chatouillis de la présence »)
« Ils viennent de loin, de plus loin,
des Grottes del Pedré (3 km. du centre-ville)
« du Molino del Re » (5 km du centre-ville)
Il parle également de Villa Toti «où
dans sa voiture rouge D’Annunzio arriva un soir»,
un D’Annunzio digne d’une guerre des étoiles,
éternellement vétéran vers le soir,
un D’Annunzio dont je savais qu’il existait
– même si je n’étais pas bien informé –
dans un cabrement scénique infini
qui, depuis sa stature de pulvérulente nanitude ,
ou encore déstructurant tout schéma,
peut se développer, qui depuis la par-
cellarisation tumultueuse des mois peut se développer –
Prenez à droite et tu trouveras
l’arbre, la villa, la prune qui scintille,
la Toti, D’Annunzio (à cause d’une invitation à dîner)
Cherchez dans l’enveloppe et tu trouveras
l’article qui
illustre définitivement Aie
des coupures de presse aie des espaces
fais qu’ils se reprennent bien,
ravaude-les, corrige-les,
photocopie-les au reste
ils sont inextirpables
et néanmoins innombrables dans un seul pore

(à cause d’une invitation à dîner) "

Andrea Zanzotto
extrait de 
traduction Philippe Di Meo 
Éditions José Corti, 2006

Zanzotto a traduit Henri Michaux, Michel Leiris, Balzac et d'autres.
Il était grand lecteur d'Artaud, Conrad, Pessoa, Lacan, Pasolini, Dante, Ungaretti et tant d'autres.
Ses Essais critiques traduits chez Corti sont une mine !
Il collabora étroitement avec Fellini.

On recommande vivement à ceux qui ne les connaissent pas ses livres traduits aux éditions José Corti (Idiome, Phosphène, Essais critiques) et chez Maurice Nadeau.

Autres liens : 

Andrea Zanzotto sur le site Poezibao
par le regretté Bernard Simeone 
(sur le site deJean-Michel Maulpoix)
La mort de Zanzotto par René de Ceccaty dans Le Monde 




mardi 8 novembre 2011

"la même main qui a arraché des pissenlits toute la journée et qui tient le stylo le soir"


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Jean-Loup Trassard filmé par Pierre Guicheney par orelienada

Lien : autre extrait du film !!!! et précisions à propos de ce film 


Je n'oublierai jamais la découverte, à la fin des années 60, des récits de Jean-Loup Trassard, Érosion intérieure, L'amitié des abeilles, Paroles de laine et ses chroniques dans la NRF et Le Chemin, que je découpais pour en faire de petits fascicules. 
L'enfance dont j'étais déjà en train de sortir était là, écrite, noir sur blanc. La ferme, les bêtes, les orées, les champs tordus, les greniers et les granges, les légumes, les outils, les gueules, les silhouettes, les voix, le ciel, les ruisseaux, les grottes… J'étais chez moi. 
Ce monde qui, je le savais, allait finir, un inconnu, discret et goguenard, qui n'élevait jamais le ton, en avait donc tenté le sauvetage insensé, gardé toute la vibration, rendu tous les états, dit toute la solitude et l'allégresse. Dans des pages écrites comme rien d'autre, où l'on entendait même le silence. Dès la première, je sus que j'allais le lire toute ma vie. Je ne m'étais pas trompé. Les auteurs qui font toute notre vie, on ne pourra jamais leur dire notre gratitude.

(Comment ne pas songer à feu Claude Riehl, avec qui je partageais la jubilation de ces lectures de Trassard. Combien de fois m'a-t-il appelé tout à trac ("Écoute ça !") pour me lire de longs passages de Dormance ou de La Déménagerie  ! Ses traductions d'Arno Schmidt en ont été considérablement dopées — pas seulement en énergie et émulation, mais aussi en trouvailles de formules. Et comme je crois savoir que Jean-Loup Trassard est un des plus anciens et des plus fins lecteurs d'Arno Schmidt…)
L. W.-O.

Liens :
Le site consacré à Jean-Loup Trassard

Jean-Loup Trassard, écrivain et photographe, 
est principalement publié 

Les derniers paysans, photographie de Jean-Loup Trassard ©, 1996