samedi 29 août 2015

Tropical Heatwave










Comme chaque année, la canicule, depuis fin mai, écrase son homme dans cette ville où la propagande municipale admet certes qu'il fait peut-être désormais sous notre latitude la même température qu'à Avignon à la Libération et va jusqu'à reconnaître que selon quelques spécialistes portés sur l'exagération alarmiste, le climat d'Alger et du Sahara règnera par ici un jour, entre Rhône et Saône, mais seulement à l'horizon 2100, autrement dit quand nous serons tous tellement morts que nous ne serons plus vraiment en mesure de nous en plaindre. Or si j'en juge par l'impartial thermomètre que j'ai cloué à l'extérieur de ma fenêtre, on atteint les 50 degrés, à l'ombre naturlich !, et l'appareil reste modeste dans son estimation calorique : il n'est gradué que jusque-là. Et cela dure depuis dix ans au moins. Ce qui signifie donc qu'il fait déjà, par ici, n'en déplaise à la propagande municipale, dans cette ville jadis réputée pour son brouillard et son hygrométrie, et cela depuis quelque longue lurette, la même température, de mai à octobre, qu'à Ouagadougou ou à la Compagnie Pordurière du Petit Togo. Comme en témoignent d'ailleurs le pullullement des moustiques géants, porteurs de la dengue, et même les escadrilles de mouches tsé tsé que je passe mes journées à écraser dans ma cuisine avec un numéro de Philosophie Magazine remonté des poubelles à cet effet, non pas certes pour le lire. (Je suis complètement abruti par le délire calorique mais pas au point de lire une tapette-à-mouches.) Impossible de rien faire d'autre qu'écouter de vengeresses musiques de circonstance.
L. W.- O.

mercredi 26 août 2015

"Dans ma cellule !"

Gary Larson
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"Je fais ce que je veux moi dans ma cellule !"

L.-F. Céline, Féérie pour une autre fois

mardi 25 août 2015

It's a wonderful life



Video : Sparklehouse (musique) & Guy Maddin (Film)


"Je chante et pleure, et veux faire et défaire, 
J'ose et je crains, et je fuis et je suis, 
J'heurte et je cède, et j'ombrage et je luis, 
J'arrête et cours, je suis pour et contraire,

Je veille et dors, et suis grand et vulgaire, 
Je brûle et gèle, et je puis et ne puis, 
J'aime et je hais, je conforte et je nuis, 
Je vis et meurs, j'espère et désespère ;

Puis de ce tout étreint sous le pressoir, 
J'en tire un vin ores blanc, ores noir, 
Et de ce vin j'enivre ma pauvre âme,

Qui chancelant d'un et d'autre côté, 
Va et revient comme esquif tempêté, 
Veuf de nocher, de timon et de rame."
Abraham de Vermeil





lundi 24 août 2015

"Moi-même, Cioran, les aphorismes…"







"La vie consiste en un enchainement de stupidités, peu de sens et beaucoup d'absurdité. Peu importe de qui il s'agit. Que ce soient des gens grandioses, ou du moins présentés comme tels, tous autant qu'ils sont, y compris moi-même, Cioran, les aphorismes. Tout cela est misérable et en fin de compte ne mène à rien."

Thomas Bernhard
Ceux qui veulent mener une conversation
Traduit par Daniel Mirsky


dimanche 23 août 2015

"Alone with everybody"





the flesh covers the bone
and they put a mind
in there and
sometimes a soul,
and the women break
vases against the walls
and the men drink too
much
and nobody finds the
one
but keep
looking
crawling in and out
of beds.
flesh covers
the bone and the
flesh searches
for more than
flesh.
there's no chance
at all:
we are all trapped
by a singular
fate.

nobody ever finds
the one.

the city dumps fill
the junkyards fill
the madhouses fill
the hospitals fill
the graveyards fill

nothing else
fills. "



Charles Bukowski
Love is a dog from hell

jeudi 20 août 2015

"Avons-nous jamais été dans les images qui composent nos souvenirs ?"







Videos ci-dessus : Jean Louis Schefer filmé aux éditions POL 
par Jean-Paul Hirsch, à l'occasion de la parution de 
Pour un traité des corps imaginaires (POL, 2014)


"(…) Aussi les œuvres, qui de droit appartiennent à quiconque peut en jouir, sont-elles malgré tout partie de notre secret comme une sonate ou une mélodie prend pour nous, à tout jamais, son prix non de la partition mais de l’exécution dont l’interprète est appelé le musicien et restera, pour nous, l’auteur dans le moment où nous l’avons d’abord aimée – c’est que les œuvres ont fait, en nous, là où nous croyons qu’il existe des souvenirs, élection de cette minute qui nous a séparés du monde et de l’abomination de nous-mêmes parce qu’alors nous étions la musique ou le trouble éveillé par les lignes, les couleurs qui, comme un navire lâche ses amarres et ne part qu’en enfonçant son soc dans l’eau, devaient remuer en nous une eau si profonde et peut-être si ancienne qu’elle pouvait accueillir en son sein, à sa surface, dans ses profondeurs, l’être sans poids, sans destin, que nous eussions été, comme dotés du pouvoir divin de nous mettre au monde. Les tableaux que nous avons aimés, les mélodies qui ont chanté en nous et dont nous épousons, à leur évocation, la souplesse et les rythmes particuliers, sont faiblement contemporains dans une espèce d’illusion de notre permanence, des jours, des heures, des lieux mêmes et des situations où ils sont apparus pour la première fois. C’est leur avènement qu’ils commémorent le plus sûrement et ce sont peut-être les seuls événements d’un passé dont se sont effacés les vivants et les êtres les plus chers; comme si une telle séparation du monde était devenue effective et ne gardait que le trouble des instants devenus couleurs, sonorités, et dans lesquels ces mutations de l’âme que l’on appelle joie ou bonheur, et dont la mémoire, à nouveau sollicitée, est l’impatience renouvelée, avaient été notre secret. Je ne crois pas que nous dotions ces œuvres d’un sens particulier qui les préserverait – par un style qui serait le critérium général de nos attachements – mais parce que la raison secrète ou dernière de ces élections de ferveur ne peut s’expliciter en raison – puisque c’est une part de l’énigme de la vie même qui sous tel motif, par telles couleurs, dans cette ligne harmonique se trouve à l’instant préservée hors du temps et ainsi scellée du cachet de nos affections que cet effet que nous croyons la vérité de l’œuvre resterait invisible à quiconque. (…) "
Pour un traité des corps imaginaires
© POL éditions, 2014




Extrait de la 4ème de couverture :

"Le monde de la mémoire par lequel nous tenons à la réalité passée est un univers d’images dont nous ne sommes pas départagés. Le retour du passé (vécu, imaginé) est-il celui d’images dans lesquelles nous sommes pris comme des corps transparents, des semblants d’existence ? Que régissent les images ? Elles sont au carrefour de tout processus de pensée et comme le substrat sur lequel s’édifie l’interprétation d’un réel qui ne peut exister sans langage et sans imaginaire, c’est-à-dire sans les formes par lesquelles nous l’appréhendons. Cet essai n’a d’ordre que celui d’une promenade (méditation d’un promeneur) dans ce que nous croyons le temps : dans ce que la mémoire a immobilisé pour notre éternité. Deux tableaux ponctuent ces méditations : le portrait d’une jeune fille par Berthe Morisot, une chambre vide à Venise peinte par Turner. Le texte fait le songe de la réalité que la mémoire invente. Avons-nous jamais été dans les images qui composent nos souvenirs ? Elles sont les corps étrangers dont notre mémoire se nourrit."
BONUS :

Autres billets consacrés à Jean Louis Schefer 
sur le site La Main de singe.

L'HOMME ORDINAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE

 (Archives Main de singe, 1991)




mercredi 12 août 2015

Talking head


4 heures du matin. Un vieil arabe fait une volubile conférence aux poubelles juste sous ma fenêtre du premier étage. Je suis si gêné de l'écouter que je referme la fenêtre trop vite, elle claque et couine. Il m'aperçoit mais se contrefout totalement de ma présence, à un point qui me trouble énormément. Il poursuit son monologue en m'ignorant, d'une voix qui porte et fait presque chanter mes vitres. Je ne comprend rien à son charabia, contrairement aux poubelles qui ont l'air captivées. Cet homme qui parle tout seul, à personne, en impose. Un homme qui s'adresse à un autre est toujours grotesque. 

L. W.-O.

mardi 11 août 2015

"Aussi démuni que le personnage qu'il filmait…"






"Quand Godard tournait A bout de souffle, il n'avait pas de quoi s'offrir un ticket de métro. Il était aussi démuni, sinon davantage, que le personnage qu'il filmait."
François Truffaut

lundi 10 août 2015

L'art des retrouvailles


"Quand on revoit quelqu'un après de longues années, il faudrait s'asseoir l'un en face de l'autre et ne rien dire pendant des heures, afin qu'à la faveur du silence la consternation puisse se savourer elle-même."
CIORAN

samedi 1 août 2015

Hold up pour lire Clément Rosset


"Vous m'avez parfaitement compris !" répondit Clément Rosset à des étudiants d'Oxford qui, à l'issue d'une conférence, étaient venus lui demander : "Mais au fond, ce que vous appelez joie de vivre, ce ne serait pas tout simplement ce que nous, les jeunes, on appelle… le cul ?!?"
L. W.-O.

Clément Rosset par M. Gener, El Pais


HOLD UP POUR LIRE CLÉMENT ROSSET

Ayant appris que Philosophie Magazine donnait, sous un titre aberrant à la "Libé" (Les visiteurs du Soi !!!) dans son numéro d'été un entretien, paraît-il copieux, entre Pierre Bayard et Clément Rosset, je fus d'abord fort surpris. La dernière fois que Clément Rosset avait accepté de collaborer à ce canard édifiant, c'était trois ans plus tôt et il s'en était après coup trouvé mal à l'aise, au point de publier sur son site une savoureuse "boulette" :

"Je déplore le texte de mon « Interview », publié en août 2012, dans l’album hors-série que je n’ai malheureusement pas eu l’idée de lire avant sa publication. Il s’y trouve, outre quelques sottises, deux faussetés matérielles que je dois rectifier. Naturellement je n’ai jamais téléphoné à la police pour appeler à la rescousse des professeurs menacés par les étudiants (je n’ai d’ailleurs jamais, à ma connaissance, téléphoné à la police). La scène des étudiants qui craignent d’être égorgés vifs par les professeurs, dont j’ai été effectivement témoin, se passait du reste non pas à la Sorbonne en 1968 mais en 1969 à Nice. D’autre part je n’ai jamais été sceptique et réactionnaire (l’un s’oppose d’ailleurs à l’autre), pas plus j’imagine que Robert Crumb, au sens usuel, c’est-à-dire politique du terme. Si j’ai dit cela c’est que j’ai pris un mot pour un autre, comme le dirait Jean Tardieu."

Pour être vache, par souci d'exactitude, Clément Rosset n'en était pas pour autant devenu ressentimenteux. Il donnait donc une nouvelle chance aux ahuris rédacteurs de ce magazine pour ahuris. 

La curiosité me taraudait donc énormément. Mais acquérir ce numéro n'était pas pour moi un acte simple.  

Il y a des choses que je me refuse, de honte, à aller acheter, comme par exemple du fromage qui pue, de la pornographie, un livre de Michel Onfray, des dragées Fuca, un roman français contemporain, une place de spectacle, les programmes télé, un article religieux et autres saloperies, etc… 

Ma répugnance est telle d'aller, primo, dans une maison de la presse, deuzio, réclamer et tripoter un canard du genre de Philosophie Magazine, qu'aficionado inconditionnel de Clément Rosset, dont je ne manque jamais rien, je me trouvais devant un bien cruel dilemme. 

Mais que ne ferais-je pas pour satisfaire mon vice rossettien ! Comme je passais par Vermenton, bled sinistre écrasé par la canicule et présentement déserté de tout élément démocratique (où le grand Restif de La Bretonne cacha jadis des billets doux et des vacheries dans les fentes d'un mur où ils se trouvent toujours), je résolus d'en profiter. 

M'enhardissant jusqu'à décupler ma sudation, chaussant d'opaques imitations de Ray Ban et vissant mon bob noir jusqu'aux sourcils, j'ai bondi de la voiture directement chez le marchand de journaux tuants et de tabac mortel, attrapé fissa le Philosophie Magazine, payé la chose sans attendre la monnaie et regagné le cockpit de la Laguna ordonnant à la belle fée qui me pilote de démarrer aussi vite qu'après un hold-up. 

Tandis que le bolide fonçait par des paysages rustiques africanisés par le cagnard, j'ai arraché dans le numéro les pages de l'entretien en maudissant la publicité mensongère de l'article prétendu copieux : quelques malheureuses pages sur des centaines d'âneries effarantes. L'aiment-ils autant qu'ils le prétendent ces magasiniers de la philosophie pour lui offrir un espace si riquiqui ? 

J'ai descendu la vitre et jeté aux bestiaux des pâturages le reste du numéro. La lecture de la chose me prit si peu de temps que c'était tout de suite déjà fini. Mais la moindre minute avec Clément Rosset dope son homme pour plusieurs jours. 
L.W.-O.

Rappel : Clément Rosset dans La Main de singe

vendredi 31 juillet 2015

"Les délices de l'apathie…"

Barry Cawston ©

"Débilité par des pensées rongeantes, je ne me trouve pas de force d'être triste, encore moins de rêver à la mort ou la souhaiter. Je ne prise encore de plaisir qu'en cette paresse où se dissolvent mes désirs, qu'en cet état où je ne suis rien. Aimerais-je vouloir que je n'y parviendrais pas : de qui suis-je la volonté, qui veut en moi ? Ivre de mon vide et foudroyé par mon absence, je m'abandonne à l'espace obscur ainsi qu'une larme d'aveugle. Tout se décompose alentour, et il me semble que je pourrissais déjà avant de naître…"

Cioran, Les délices de l'apathie
in Exercices négatifs

jeudi 30 juillet 2015

"Aujourd'hui de nouveau, où que vous alliez, des nazis déclarés se tiennent dans les parages…"




"Aujourd'hui de nouveau, où que vous alliez, des nazis déclarés se tiennent dans les parages, "Fainéant, être ainsi assis au café et ne pas travailler !", vous pouvez alors entendre tout cela et tout cela me poursuit bel et bien. Aujourd'hui la journée a été plutôt mauvaise, partout où je suis allé ça a été abominable. "Il écrit, voilà bien une stupidité, parce que ça ne profite à personne, n'a aucune utilité, aucune valeur, et il n'en résulte rien. Un parasite ! Vit sur le dos de la société, ne s'occupe à rien, fait des tours en auto, bouffe, est déjà de bonne heure assis au café, a l'air méchant, et vit de choses obscures. En tout cas assurément pas de travail ! Avec de telles gens on devrait faire prompte justice… "(…) Je n'ai personne, je le sais bien, je n'ai par exemple personne sur qui je pourrais me reposer, qui serait là, si j'avais besoin de quelque chose."
Thomas Bernhard, Aucun homme ne change
traduction Jean-Luc A. Moreau

vendredi 17 juillet 2015

"Un homme comme moi, qui ne travaille pas, qui ne veut pas travailler…"





Je méprise qui méprise Emmanuel Bove. Et qui l'ignore, à son tour je l'ignore.
L. W.-O.


Walking Bove, animation par Jean-Luc Bitton


"Un nuage cacha le soleil. La rue tiède devint grise. Les mouches cessèrent de briller. Je me sentis triste.
Tout à l'heure, j'étais parti vers l'inconnu avec l'illusion d'être un vagabond, libre et heureux. Maintenant, à cause d'un nuage, tout était fini. "

"Un homme comme moi, qui ne travaille pas, qui ne veut pas travailler, sera toujours détesté. J'étais dans cette maison d'ouvrier le fou qu'au fond tous auraient voulu être. J'étais celui qui se privait de viande, de cinéma, de laine, pour être libre. J'étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable. On ne m'a pas pardonné d'être libre et de ne point redouter la misère. " 

”Les amoureux sont égoïstes et impolis.
L'année dernière, de jeunes mariés habitaient la chambre de la crémière. Tous les soirs, ils s'accoudaient à la fenêtre. Au bruit de leurs baisers, je devinais s'ils s'embrassaient sur la bouche ou sur la peau.
Pour ne pas les entendre, je traînais dans les rues jusqu'à minuit. Quand je rentrais, je me déshabillais en silence.
Une fois, par malheur, un soulier m'échappa des mains.
Ils s'éveillèrent et le bruit des baisers recommença. Furieux, je frappai contre le mur. Comme je ne suis pas méchant, je regrettai, quelques minutes après, de les avoir dérangés. Ils devaient être confus. Je pris la décision de leur faire des excuses.
Mais, à neuf heures du matin, des éclats de rire traversèrent de nouveau le mur. Les deux amoureux se moquaient de moi.”

Extraits de Mes Amis


Première page de Mes Amis

"Les jours de fête (…) sont pour moi un supplice."

"Je me demande parfois à quoi j'ai bien pu employer le temps dont je ne garde pas le souvenir."

"Il était au bord de mon champ visuel, comme dans une photographie mal prise."

Extraits des Carnets

"Un homme comme moi n'atteint pas le milieu de la vie sans traîner après soi ses victimes."

Extrait de Mémoires d'un homme singulier


"Nous sommes tous des isolés. À un moment pourtant nous pouvons cesser de l'être. Savez-vous à quel moment ?"

Extrait de La dernière nuit




BONNE NOUVELLE !

On annonce la prochaine réédition de Mes Amis
à l'excellente enseigne de L'Arbre Vengeur !



LIEN : 

l'incontournable site consacré à 
Emmanuel Bove 
par Jean-Luc Bitton

jeudi 16 juillet 2015

"Dans la maison du douteur…"



"Si on fait du doute un but, il peut être aussi consolant que la foi. Lui aussi est capable de ferveur, lui aussi , à sa manière, triomphe de toutes les perplexités, lui aussi a réponse à tout. D'où vient alors sa mauvaise réputation ? C'est qu'il est plus rare que la foi, plus inabordable, et plus mystérieux. On n'arrive pas à imaginer ce qui se passe dans la maison du douteur…"

Cioran
Pensées étranglées

mercredi 15 juillet 2015

"Lorsque l'on est longtemps seul…"




"Lorsqu'on est longtemps seul, que l'on s'est habitué à la solitude, que l'on s'est formé dans la solitude avec soi-même, partout où pour les autres il n'y a rien, on découvre toujours d'avantage."

Thomas Bernhard, Je n'insulte vraiment personne

Musiques d'ambiance

Valérie Amyot & Lost Fingers / Black Betty :



Luz Casal / Piensa en mi :



mardi 14 juillet 2015

"Les êtres qui ont vraiment été importants dans notre vie peuvent se compter sur les doigts d'une seule main…"



"Et je pense maintenant que les êtres qui ont vraiment été importants dans notre vie peuvent se compter sur les doigts d'une seule main, et, bien souvent, cette main se révolte contre la perversité que nous mettons à vouloir consacrer toute une main à compter ces êtres, là où, si nous sommes sincères, nous nous en tirerions probablement sans un seul doigt. "

Thomas Bernhard
Le neveu de Wittgenstein

trad. Jean-Claude Hémery
p.108, Folio



Ah les podcasts des rediffusions estivales sur France Cul ! 
Vous avez beau être abonné à telle ou telle émission, vous l'avez dans l'os ! Allez savoir pourquoi !
Comme le directeur exécrable de cette maison a été viré sans ménagement la semaine dernière, nous voici un peu vengé.

Il y a peu de jours, on redonnait le Une Vie, Une Œuvre consacré à Thomas Bernhard par Christine Lecerf en 2009. Faute de pouvoir enregistrer le podcast, je le sauve donc ici. 
Cette désormais sinistre boutique radiophonique nationale étant devenue inécoutable, j'avais loupé la chose. Par ces temps de canicule et de connerie écrasantes, une heure de causerie exclusivement bernhardienne, réfrigérante et tonique, fait un bien fou.
L. W.-O.


jeudi 9 juillet 2015

Cigarettes "Maïs", Venus & Arno Schmidt












En 1969, âgé de 12 ans, j'étais au comble du ravissement quand, enfin seul !, je lisais le Faune d'Arno Schmidt tout en écoutant Venus des Shocking Blue sur un méchant Teppaz et en fumant avec volupté une Boyards "Maïs" comme Jean-Luc Godard,  François Truffaut, Antoine Doinel et mon pépé.

Aujourd'hui encore, je suis au comble du ravissement en relisant pour la énième fois le Faune d'Arno Schmidt tout en écoutant Valérie Amyot & The Lost Fingers reprendre Venus et en fumant avec volupté, comme Jean-Luc Godard, François Truffaut, Antoine Doinel et mon pépé, l'avant-dernière des Boyards "Maïs" mises précieusement de côté depuis leur interdiction. Ce sublime fumigène de format "gros module" était vendu dans un beau paquet vert cartonné. Son tabac ultra noir était roulé dans du papier d'un jaune fascinant. Sa fumée indisposait les petites natures et les emmerdeurs, et les éloignait salubrement. 
L. W.-O.


À LA MÉMOIRE DE MAURICE NADEAU…

Ceci pour saluer en passant la mémoire de Maurice Nadeau, mort il y a deux ans. Je n'oublie pas qu'il a soutenu activement La Main de singe dès son premier numéro en 1991, ni qu'il fut le véritable premier éditeur d'Arno Schmidt en France. Il me reçut plusieurs fois dans son bureau de la Quinzaine et surtout chez lui, avec feu Claude Riehl, où il nous régala de moultes nectars et autres anecdotes féroces. Et m'apprit à me servir correctement d'un tire-bouchon. On racontera cela un jour.


Les images ci-dessous 
sont piquées sans vergogne 
à l'excellent Tenancier
qui lui-même les devait 
au radical aficionado de Schmidt, 









mercredi 8 juillet 2015

Tête d'âne

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"C'est la tête d'âne de nos illusions que nous caressons."

Sissi Impératrice


mardi 7 juillet 2015

"Je ne pouvais pas laisser tomber…"



"Il y a tant d'hommes morts assis devant leur machine-à-écrire… J'aurais dû arrêter d'écrire il y a longtemps, mais après avoir vu ce qui se faisait de pire, je ne pouvais pas laisser tomber…"


Charles Bukowski  
Lettre à Al Purdy
11 octobre 1965





"Born like this
Into this
As the chalk faces smile
As Mrs. Death laughs
As the elevators break
As political landscapes dissolve
As the supermarket bag boy holds a college degree
As the oily fish spit out their oily prey
As the sun is masked
We are
Born like this
Into this
Into these carefully mad wars
Into the sight of broken factory windows of emptiness
Into bars where people no longer speak to each other
Into fist fights that end as shootings and knifings
Born into this
Into hospitals which are so expensive that it's cheaper to die
Into lawyers who charge so much it's cheaper to plead guilty
Into a country where the jails are full and the madhouses closed
Into a place where the masses elevate fools into rich heroes
Born into this
Walking and living through this
Dying because of this
Muted because of this
Castrated
Debauched
Disinherited
Because of this
Fooled by this
Used by this
Pissed on by this
Made crazy and sick by this
Made violent
Made inhuman
By this
The heart is blackened
The fingers reach for the throat
The gun
The knife
The bomb
The fingers reach toward an unresponsive god
The fingers reach for the bottle
The pill
The powder
We are born into this sorrowful deadliness
We are born into a government 60 years in debt
That soon will be unable to even pay the interest on that debt
And the banks will burn
Money will be useless
There will be open and unpunished murder in the streets
It will be guns and roving mobs
Land will be useless
Food will become a diminishing return
Nuclear power will be taken over by the many
Explosions will continually shake the earth
Radiated robot men will stalk each other
The rich and the chosen will watch from space platforms
Dante's Inferno will be made to look like a children's playground
The sun will not be seen and it will always be night
Trees will die
All vegetation will die
Radiated men will eat the flesh of radiated men
The sea will be poisoned
The lakes and rivers will vanish
Rain will be the new gold
The rotting bodies of men and animals will stink in the dark wind
The last few survivors will be overtaken by new and hideous diseases
And the space platforms will be destroyed by attrition
The petering out of supplies
The natural effect of general decay
And there will be the most beautiful silence never heard
Born out of that.
The sun still hidden there
Awaiting the next chapter. "



Charles Bukowski


dimanche 5 juillet 2015

Comment survivre dans la fournaise



Comme chaque année, l'infernale canicule me réduit a quia.
Quatre ventilateurs poussés à fond ne suffisent pas à rafraîchir la bête, qui n'en peut plus.
Mais dans cette fournaise intenable, les réfrigérants Schopenhauer, Cioran, Thomas Bernhard et Emily Dickinson, refroidisseurs efficaces de toute ambiance, de tout échauffement et de toute ardeur, me sauvent la vie cent fois par jour.
L. W.-O.

vendredi 3 juillet 2015

Que crèvent les Guignols !



Le drame national du jour dans ce pays à la con serait la mise au placard sine die par Vivendi des immondes marionnettes des Guignols de Canal Plus. 

Contrairement à ce qu'on nous serine, cette mise au placard n'émane pas d'un complot anti-Guignols par des guignolisés indignés et vengeurs. Comment croire à cette farce ? Il se passe tout bonnement qu'une émission dite culte, née au siècle précédent, devenue la pâle copie de sa légende déjà faisandée, a fait son temps, ne fait plus recette ni audimat profitables et un conseil d'administration implacable dans ses décisions budgétaires la supprime sans vergogne des programmes, ayant juste attendu humainement que son producteur-créateur finisse par crever, mais pas un jour de plus.

Au premier rang de la mobilisation contre la décision de Monsieur Bolloré, on trouvera bien-sûr les guignolisés eux-mêmes. Car désormais qui n'a pas l'honneur de possèder son double caricatural en marionnette n'est plus personne. C'est donc l'affollement général, des politiques aux pipoles. Ces gens sont prêts à tout pour que s'agite leur double grotesque en prime time. Pensez ! Les Guignols leur assurent, outre une consécration médiatique, une gloire confortable car ils ne les roulent nullement dans la merde, ne les montrent nullement sous leur mauvais jour. Les Guignols sont moins caricaturaux que les guignolisés eux-mêmes. Les doubles plus chouettes et moins sinistres que les originaux. Sympas et rigolos. Plus humains en somme !

Si les Guignols disparaissent, voici chacun, parmi tout ce beau monde, réduit à n'être plus, comme n'importe qui, que ce qu'il est car il n'est et ne sera jamais que cela : sa propre caricature, sinistre et effarante, ennuyeuse et d'une abyssale connerie, l'incarnation tout de suite lassante de son insignifiance, de sa saloperie effrayante, de sa hideur sans fard, l'évidence de son incompétence manifeste, comme l'avatar consternant de toute sa mégalomanie — en somme : rien que sa propre imposture. Une enflure, vide, et qui va crever.

Sans les Guignols, ces enflures devront désormais se contenter de parader en personne sur des plateaux, réduits à un minable jeu de grimaces de zombies, à bafouiller inlassablement des éléments de langage, avec pour seule tenue un balai dans le cul.

Leurs lourdauds Guignols, au moins, semblent animés d'une vie, débitent des répliques d'humoristes professionnels, et sont manipulés par des champions du monde de fist-fucking.

Enfin les Guignols m'auront-ils fait rire une fois : en passant à la trappe sans s'y attendre. 

Merci Monsieur Bolloré, pour cet audacieux et inattendu baisser de rideau sans tralala. Pour ce Happy End d'un brutal et réjouissant burlesque.

L. W.-O.

Special thanks



Merci à Roma, Thomas Vinau, Élise Lamiscarre, Jean-Michel Pollyn, Brigitte Célerier, Christophe Sanchez, BiBi de faire publicité pour La Main de singe sur Twitter ! Vous êtes fort chics !

jeudi 2 juillet 2015

La promenade de Cioran


" Le monde est un Non-lieu universel. C'est pourquoi vous n'avez nulle part où aller, jamais…"
Cioran, Le Crépuscule des pensées

Bonus :
28 billets

mercredi 1 juillet 2015

Le Yéti de la Rue de la Mouche




Le Yéti de la rue de La Mouche
s'est levé
comme tous les jours
avant tout le monde
bien avant l'aube 
pour la voir venir
et profiter un peu
de la ville vide
et silencieuse


Il ouvre grand la fenêtre
sur la zône Seveso
Il salue la lune
et sa bonne étoile
et Louis-Ferdinand Céline
mort un premier juillet
(le Yéti de la rue de La Mouche
avait déjà 4 ans !)

LYéti de la rue de La Mouche
pompe alternativement
du tabac Caporal
et de l'oxygène
avant que la canicule n'enfle 
à l'unisson de la résurrection
des zombies,
de leur boucan terroriste
et de leur grouillement étouffant,
de leur puanteur vomitive,
de leur rayonnante bêtise écrasante


Le Yéti de la rue de La Mouche
attrape et relis
"The language of man's writing
comes from where he lives and how."

Le Yéti de la rue de La Mouche
sirote de l'arabica bouillant
et de l'eau glacée

Le Yéti de la rue de La Mouche
invoque les dieux,
qu'ils pourrissent un peu aujourd'hui
la vie de quelques mufles
et autres fâcheux

Le Yéti de la rue de La Mouche
écoute Luxuria Music en sourdine

Il taille un crayon neuf
jusqu'à qu'il n'en reste rien
qu'un tas de pelures
qui sent bon le cèdre
et le graphite
et branche le ventilo
qui disperse tout

Le Yéti de la rue de La Mouche
poursuit une mouche
avec son gros couteau

Il croque un méchant
biscuit de chien portugais

Le Yéti de la rue de La Mouche 
engage 
une tranche de jambon rose
dans le rouleau noir
de son Olivetti verte

Il se dit qu'il est temps
d'attaquer la première
de ses trois siestes

et à l'heure où les zombies
se réveillent
le Yéti de la rue de La Mouche
va s'allonger
sous l'oranger et le citronnier
sur le dos du buffle noir
qui lui sert de divan

Il met très fort
Bordello Queen d'Isobel Campbell
pour dorloter son cafard
et s'endort
comme un bienheureux

L. W.-O.

Ci-dessous :
Bordello Queen / Isobel Campbell