mardi 25 avril 2017

La Tête-de-veau et la Tête-de-lard














 22 août. R. B., le critique à la mode, avec sa tête de veau; je viens de penser sans raison aucune à la lettre qu'il m'a envoyée en réponse à ma préface à Maistre. "Je n'ai rien lu de vous…" Je croyais le bonhomme plus modeste. Rien n'est pire que l'orgueil qui se dissimule sous une physionomie bovine. On ne prend des allures franches — d'une franchise voisine de l'impertinence — qu'avec des gens qu'on estime de loin ses inférieurs. Du reste la franchise — dans les relations littéraires — est indiscernable de la goujaterie ou de la provocation. On n'a pas le droit de dire à un auteur ce qu'on pense réellement de son œuvre : à moins qu'on ne l'admire. Mais combien d'auteurs peut-on admirer ? "

Cioran, Cahier de Talamanca


mercredi 19 avril 2017

Les Cherche-la-merde






"J'ai beau avoir toujours détesté les jardins zoologiques, et même toujours trouvé suspects les gens qui visitent ces jardins zoologiques, il ne m'a pas été épargné d'aller une fois dans le parc Schönbrunn, et, à la demande de mon compagnon, un professeur de théologie, de rester planté devant la cage des singes, pour observer les singes, à qui mon compagnon donnait de la nourriture (dont il avait bourré ses poches à cette intention). À la longue, le professeur de théologie, un ancien camarade d'études, qui m'avait invité avec insistance à l'accompagner à Schönbrunn, avait donné toute sa nourriture aux singes, quand, tout à coup, les singes se sont mis de leur côté à ramasser des restes de nourriture traînant sur le sol et à nous les tendre à travers la grille. Le professeur de théologie et moi-même avons été si épouvantés par le brusque changement d'attitude des singes, que nous avons tourné les talons sur-le-champ et quitté le parc de Schönbrunn par la première sortie qui se présentait. "

Thomas Bernhard, Vice versa
traduit par Jean-Claude Hémery


lundi 17 avril 2017

"Des livres vrais d'abord ! La vie est courte !"

La Vague, photographe inconnu, 19ème siècle — © BNF




Jules Michelet, Feuillet manuscrit de La Mer, fo 98
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"Des livres vrais d'abord ! La vie est courte !" clamait déjà le grand Jules Michelet, que quasi plus personne, bien-sûr, ne lit. À part des cons rebutants ou des universitaires soporifiques. Le 11 mai sort en format poche un copieux choix de son Journal. Pourquoi diable ne pas l'avoir réédité tout entier ? L'éditeur, radin et mesquin, a une fois de plus mégoté et chipoté, taillé dans le lard etc… Malgré tout je vais sauter sur ce mirifique Journal même réduit. Il va m'accompagner un bon bout de temps. 

Sacré Michelet ! On n'est jamais déçu en le lisant. C'est au contraire la foire aux belles surprises, et un festival question style. Son Journal est aussi plein de cuculeries, d'ingénuités, d'extravagances, de conneries sentimentales et de conneries tout court, etc… mais même ces faiblesses restent du pur Michelet, et nous trouvent plus ravi que grincheux. Quant à ses délires, on a tout de même la tête assez claire pour en ricaner plutôt que de s'en offusquer du haut d'un jugement moral ou en partager le point de vue débile.

Roland Barthes le célébra jadis, à une époque où Michelet passait de mode, dans ce qui reste sinon son seul livre lisible du moins son meilleur. Barthes s'est rendu fameux avec ce Michelet par lui-même, louable mais vaine prétention dans les années cinquante, de le faire lire aux nouvelles générations dont il était une des têtes émergentes, mais coiffée d'un béret basque. Malraux était alors un des derniers à se camer avec du Michelet, au point de singer grotesquement son lyrisme. Les historiens allaient lui règler son compte, au petit père Michelet. Le jeune Barthes, avait de la tendresse pour lui et été touché par la grâce de sa sensualité verbale mais avait flairé que c'était foutu pour ce gaillard de la prose. À contrecourant, et par une sorte de coquetterie, il s'en réclama, dans cet hommage farci de citations excitantes qui le posa-là, lui l'inconnu, comme en quelque sorte un Michelet moderne, le nouvel auteur jouissif, garantissant ce qu'il n'appelait pas encore le plaisir du texte. Ceux qui ne se seraient pas risqué à revendiquer le ringard Michelet ne jurèrent plus que par Barthes. Tout le monde désormais révère Roland Barthes et s'en pourlèche, mais plus personne ne se soucie de lire Jules Michelet pour le pur plaisir. Barthes n'a pas rendu Michelet lisible. Mais la moindre page de Michelet rend Roland Barthes illisible. Fade est Barthes comparé au délectable Michelet. Du moins quand on a du goût, et quelque jugeote.

Je fais du vide dans mes rayons pour ménager une belle place à ce gros volume de son Journal amputé. Voilà des années que j'ai été privé de cette lecture par l'huissier, qui, lui, n'a pas hésité à la bazarder toute entière, ma bibliothèque, du moins tout ce qui était bon, me laissant la drouille, dont tout Roland Barthes. Cet huissier avait du goût ! Je fus zibé de tous mes Michelet, la plupart en éditions d'époque, car ça ne valait pas cher quand je m'en étais, par hasard, toqué complètement, dans les années 70 : plus personne n'en voulait à l'époque, malgré le bouquin de Barthes réédité à tour de bras. 


Comment ne plus avoir à portée de mains par exemple son incroyable La Mer ?!!!? Ducasse et Rimbaud en furent des lecteurs excités au dernier degré : Michelet fut l'un de leurs plus dopants inspirateurs. 

Après l'huissier, j'ai peu à peu, au fil des lentes rééditions, ou grâce au hasard des Puces, racheté du Michelet. Me manquait encore ce Journal que le nombre de pièces dans ma poche m'empéchait d'acquérir : chez les bouquinistes les vieux volumes "Viallaneix" valent la peau-du-cul là où ceux de Barthes, qui pullulent, ne valent, eux, plus tripette. C'est Roland Barthes, car il m'agace, que j'ai viré de ma bibliothèque pour faire place et honneur à l'épatant Michelet. Lisons Michelet sans plus jamais penser à Barthes, de grâce !

Je fais le pari que les agents moraux contemporains, bien souvent nourris au téton flasque du béret basque de Roland Barthes, cette nourrice des pires têtes de cons de ce temps, lui chercheront des poux dans la tête, à Michelet. 

L. W.-O.

lundi 10 avril 2017

Bukowski, le grand vaccinateur



27 euros le singe Bukowski !
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Encore Bukowski. Toujours Bukowski. À jamais Bukowski. Oui : pas un jour sans Bukowski. Pas une nuit blanche. La lecture de Bukowski vous retape, vous dope son homme. Et elle vous vaccine aussi.

Elle vous vaccine de tout intérêt par exemple pour les écrivains yankees dont on nous rebat les oreilles. Quand on a lu Bukowski comment s'abaisser encore à lire des Paul Auster, des De Lillo, des Philip Roth & cie. Exit Mailer, Tom Wolfe & autres frimeurs internationaux. Même le vachard bavard Gore Vidal nous emmerde à la fin. Difficile, quand on a lu Bukowski, de se taper les Jim Harrison, James Crumley et autres virils chasseurs rois du barbecue et de la Winchester. Et à part son saisissant Un tueur sur la route, comment se fader la prose tarabiscotée et la pose frimeuse d'un Ellroy ? Bukowski vous vaccine même d'Henry Miller ! Même d'Henry Miller ! 

Pynchon et Salinger ? Qu'ils aillent se faire lire ailleurs, ces deux pénibles surévalués, l'un sinistre et lourdingue, l'autre cucul la prâline comme ce n'est pas permis, du moins à mon goût, seul goût qui m'importe, par ailleurs l'un des plus sûrs de ce pays, car l'un des plus impitoyables. De William Gass, je garde son épatant Au cœur du cœur de ce pays, car son Tunnel est primo trop énorme et assommant d'avance, deuzio traduit comme toujours à toute bringue et sans grâce par un salopeur vaniteux.

Et je ne dis rien des nouvelles générations de plumitifs yankees, formés sur les bancs des ateliers d'écriture, tous immondes. Produits pour gondoles et lecteurs à la con. Du coup, grâce à Bukowski, j'ai gagné beaucoup de place sur mes rayonnages. Je n'ai conservé, des ouvrages de ses contemporains compatriotes, que ceux des exceptions réjouissantes et remuantes dans son genre : Raymond Carver, Donald Barthelme, John Fante, Jim Dodge, Edward Bunker, W.-S. Burroughs, Hunter Thompson, E.E. Cummings, etc… et aussi leur Grand Ma' Gertrud Stein.


Au pays d'Obama et de Trump, une bonne femme parent d'élève a pu dernièrement faire interdire pour racisme la lecture de Mark Twain dans les écoles, car ses romans irritaient son fils métis : le mot "nigger" y revenait trop souvent à son goût. Idem pour les romans de Harper Lee, cette amie que Truman Capote avait choisie d'emmener avec lui dans l'aventure de son In Cold Blood

Des bibliothécaires pas comme les autres ont, eux, toujours dans cet effarant pays qu'exécrait déjà Baudelaire, été saqués parce qu'ils avaient trouvé le subterfuge d'un faux lecteur empruntant les ouvrages que trop peu de gens lisent, histoire de pouvoir les conserver en stock : car là-bas, comme d'ailleurs désormais en France, tout bouquin qui n'a pas été suffisamment emprunté dans les deux années suivant son achat est automatiquement retiré des rayons et détruit. "Désherbé" comme on dit dans le jargon de ce métier devenu abject. 


Grâce à Bukowski, moi aussi, avec encore moins de vergogne que les fonctionnaires yankees ou tricolores de la lecture publique, je l'ai désherbée, ma bibliothèque. D'ailleurs, voilà un irréfutable critère pour faire le tri parmi les écrivains dont on s'entiche : tout auteur qui ne vous en fait pas illico bazarder des tas d'autres dans vos rayons comme dans votre tête ne vaut pas autant tripette qu'on veut bien se le faire croire. Et c'est lui alors qu'il faut bazarder. Comme disait l'autre, l'auteur vraiment fort rend les autres illisibles. Comment nous attarder à des demi-sel, à des à moitié cuits, à des pas-finis, à des petits bras, à des grosses têtes, à des gros bras et autres petites têtes ? "Des livres vrais d'abord ! La vie est courte !" clamait déjà le grand Jules Michelet (dont on causera demain)



L. W.-O.


BONUS 1 :

Sacrés bibliothécaires ! Chez les yankees décomplexés, depuis déjà dix ans, on vire sans ménagement les lecteurs qui transpirent trop et les clochards qui puent ! On vire désormais aussi carrément tous les livres ! Ces pratiques arriveront bien vite par chez nous, où il s'en passe parfois de bonnes, comme à Nice, chez le faux cul Estrosi. Vite des légionnaires patrouillant parmi les rayons ! Tandis qu'à Saint-Étienne, autre ville de faux culs, un lecteur  devient la risée de la Toile parce qu'honnête à un point incroyable : il vient de rendre cette semaine un ouvrage emprunté il y a 31 ans comme le raconte ce matin cet articulet du Progrès, autre journal de faux culs pour les faux culs :

"Son titre : « La Logique et son histoire, d’Aristote à Russell ». Son auteur : Robert Blanché. C’est cet ouvrage, emprunté en 1986, qu’un lecteur a rendu à la médiathèque de Tarentaize, mercredi 5 avril. Entre les deux épisodes, trente et un ans se sont écoulés, prouvant que, parfois, l’histoire a une drôle de logique. Envoyé par la Poste, le livre était accompagné d’un petit mot : « Madame, Monsieur, je vous rends enfin un livre que j’avais dû emprunter à la bibliothèque de Saint-Étienne en 1986. Je ne peux pas être imputable des tâches vers les pages 270…. »

BONUS 2

Le Capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau est à mon goût le meilleur livre de Bukovski. Ce journal fut, avec Pulp, son dernier livre. 

EXTRAIT PIRATÉ AU BEAU HASARD :

"Bon, sur le chapitre des littérateurs, j'arrête, j'en ai ma claque. Tout de même, il me faut préciser qu'à vouloir vivre en poètes, et non en citoyens ordinaires, ils s'autodétruisent. Jusqu'à l'âge de 50 ans, je n'ai été qu'un prolétaire de base. partageant l'existence des plus humbles. Jamais je ne me suis posé en poète. mais n'attendez pas de moi que je vous dise que gagner sa vie en travaillant est la meilleure façon de vivre. La plupart du temps, c'est même horrible. 

(…) 


D'avoir été dans la mélasse m'a appris, j'en suis convaincu, à évacuer tout maniérisme de mon style. Vous devez plonger vos mains dans la merde, ne jamais cesser de le faire, et découvrir de l'intérieur ce qu'est une prison, ou un hopital. Vous devez connaître la faim, ne serait-ce que quatre, cinq jours d'affilée. Pareillement, vivre avec des femmes qui ont fondu les circuits vous forgera le caractère. En résumé, je pense que vous n'écrirez avec joie et liberté qu'après avoir tâté du vice. Je ne fais cette remarque de bon sens que parce que tous ces poètes que j'ai rencontrés ressemblaient à des méduses, à des monstres de flagornerie. Ils n'avaient rien à dire, sinon à ratiociner sur leur dérisoire manque de résistance. Voilà pourquoi je ne veux plus voir les POÈTES. Vous ne m'approuvez pas ?


Ça dépasse l'entendement. Mais il n'en demeure pas moins que j'entretiens avec les écrivains du passé une complicité affective. Rien de précis ne l'étaye, l'émotion que je ressens n'appartient qu'à moi, disons que je me suis inventé des hommes qui s'accordent à mes désirs. Ainsi quand je pense à Sherwood Anderson, je me le représente plutôt court sur pattes et légèrement voûté. Alors qu'il devait être, selon toute vraisemblance, un grand malabar.. mais je m'en moque. Je ne changerai pas d'idées là-dessus. (À propos, je n'ai jamais vu de photos de lui.) Dostoïevski ? Un barbu, à la démarche lourde, qui vous défie de ses yeux vert foncé. Quoique ça varie — un coup il est trop gros, un coup trop maigre, et puis de nouveau trop gros. C'est absurde, je vous l'accorde, mais je ne déteste pas l'absurdité. Il m'est même arrivé de croiser Dostoïevski tirant la langue après une fillette. Faulkner, lui, baigne dans une lumière crépusculaire comme il convient à un forcené à l'haleine méphitique. Dans le rôle du mouchard aviné, Gorki est parfait. Tandis que Tolstoï entre dans des rages folles à propos d'une peccadille. Et c'est toutes portes verrouillées que le camarade Hemingway fait des entrechats. Céline, bien-sûr, souffre d'insomnies. Quand à E.E. Cummings, il joue comme un dieu au billard. Je pourrais continuer indéfiniment de la sorte. (…)"


Charles Bukovski, Le Capitaine est parti déjeuner…
traduit par G. Guégan
© Le Livre de poche


mercredi 28 décembre 2016

"À chaque jour suffit sa joie." (Clément Rosset tombé du ciel)

Clément Rosset, capturé par La Main de singe ©





(On trouvera en fin de billet moultes autres cadeaux rossettiens)

On me demande ce que je peux bien faire, ce que je deviens, pourquoi je fournis la vitrine de ce blog avec une telle irrégularité, si quelque chose ne tourne pas rond, si par hasard je ne serais pas mort, ou si je ne me foutrais pas un peu sinon beaucoup de la gueule du monde etc… Voilà bien des questions, que je trouve fort indiscrètes même quand je me les pose moi-même, ayant  disparu de mes propres radars et auxquelles je suis aussi réticent qu'incapable de répondre. Moins on en sait, et "moi" le premier, sur mon compte, mieux je me porte n'est-ce pas !

La supposition ci-dessus la moins sympathique en apparence s'avère en fait la plus juste et répond presque à ma place puisqu'elle dit en une formule lapidaire et éloquente ce que je ne pourrais dire qu'en toujours trop de mots, comme chaque fois qu'il s'agit d'évoquer sinon le réel, indicible, lui, mais du moins un semblant de réalité et se fendre d'une réponse sans tricher — très certainement donc, oui : je me fous de la gueule du monde.

Je pourrais me contenter de dire, comme Clément Rosset (citant son père) : "À chaque jour suffit sa joie." À quoi j'ajouterai, pour confirmer cet adage : "car les emmerdements ne manquent pas, leur nombre et leur nature s'aggravant de jour en jour, ce qui somme toute est assez banal et ne mérite guère qu'on s'en lamente publiquement plus qu'un autre." Autrement dit, pour reprendre une autre formule fameuse de Clément Rosset : "Soyez heureux ! Tout va mal !"

Dans le même registre, c'est franchement hilare que son ami Cioran lançait à la cantonade son légendaire "Tout est foutu !" — "mot" que, parmi les amis de Cioran, seuls sans doute Clément Rosset, Samuel Beckett, Henri Michaux et Paul Valet savaient goûter sans faire la grimace, gagnés d'avance à la contagion de son hilarité. Les fâcheux et les faux amis de Cioran, eux, ne riaient que jaune, ce qui sans doute augmentait encore son hilarité. Puisque la période des abominables vœux du Nouvel An approche, on pourra tester avec la famille, avec les prétendus amis, ou au boulot, l’effet garanti de ces formules magiques, en en faisant cette année celles de ses vœux : à tout coup on fera ainsi du vide autour de soi, ce qui s'avèrera un bienfait et une augmentation de confort, autrement dit ce que l'on peut espérer de mieux pour l'année à venir. 

N'étant moi-même pas plus chien que ces deux compères aussi lucides que réjouissants, je répondrai quand même aux curieux de mon sort, en faisant deux ou trois confidences.

Nos abstentions révèlent de nous un portrait plus certain que celui, en trompe l'œil ou caricatural, que s'ingénie à donner, pour la galerie, la comédie de nos faits et gestes.

Je n'ai pas plus fêté Noël que je n'ai observé le Ramadan, participé à la primaire de la Droite, risqué l'éparpillement "façon puzzle"  sur les abominables Marchés de Noël, couru les commerces pour des cadeaux, foncé faire du ski, voté pour Miss France…

Ne fréquentant aucune famille (pas plus la mienne que celle des autres) je ne me suis attablé nulle part ailleurs que dans ma tanière et n'ai vu de dindes que blablatantes dans des émissions de télé et en guise de bûches me suis contenté de celles débitées par Thomas Bernhard dans Des arbres à abattre (où l'on trouve aussi beaucoup de dindes bavardes et mal cuites), 


De même, en lecteur averti de La Chute dans le temps, je ne risque pas de fêter le Jour de l’An. Je ne goûte les joies de la Nuit de la Saint-Sylvestre qu’en lisant le conte d’Hoffmann, Aventures de la Nuit de la Saint-Sylvestre ou son remake schmidtien. Voilà deux relectures de saison qui garantissent un réveillon singulier loin de la vulgarité des hordes festives, dont on se gardera des décibels terroristes en écoutant par exemple du Mozart au casque et en sirotant du Chateau Châlon, ce qui serait une manière de trinquer à distance avec Hoffmann, Clément Rosset et Cioran.

Comme il s'agit de la plus longue nuit de l'année, j'ajoute ci-dessous de quoi oublier (sans avoir besoin de se suicider ou de les exterminer ou de mettre la télé et se gaver d'antidépresseurs) les cons, leurs fêtes à neuneu, leur boucan, leurs mirlitons, leurs pétards, leur décompte à l'unisson, leurs embrassades monstrueuses, leur Danse des Canards, en passant des heures et des heures sans se lasser avec Clément Rosset, sinon en personne, du moins dans des vidéos burlesques et des entretiens relevant du stand up le plus cruel.

Voilà qui prouve de facto qu'"à chaque jour suffit sa joie." Même le pire de l'année.

Et on dira encore après ça que je me fous de la gueule du monde.

L. W.-O.

DU CLÉMENT ROSSET TOMBÉ DU CIEL !

Faute de neige, c'est du Clément Rosset, presque à la tonne, qui vient de tomber du ciel à Noël. Enfin ! ENFIN !!!!!!!!!!!! Un inconnu (qui est peut-être, allez savoir !, le dénommé Santiago Espinosa, traducteur et ami de Clément Rosset, et webmaster de son cocasse site "officiel" ?) a ouvert primo sur YouTube une "chaine" consacrée aux "Archives Clément Rosset", sur laquelle il a commencé à donner moultes videos rares, deuzio sur MixCloud son équivalent pour la matière uniquement sonore ou radiophonique. Voilà des années que j'attendais un tel miracle. Gloire et gratitude à celui a eu cette initiative délectable.

Puisque ces mises en ligne sont proposées pour être partagées et diffusées et que l'on ne sera pas nombreux à en faire la publicité, je ne me gêne pas pour en pirater ici quelques-unes. J'avais déjà fourni ce blog depuis des années avec toutes celles que je trouvais. Me voici désormais soulagé par ces deux magasins cybernétiques bourrés de matériel garantissant des heures et des heures de réjouissances. Je ne saurais trop conseiller de télécharger toutes ces raretés. On ne sait jamais.
 L. W.-O.




Clément Rosset invité par Christine Goémé pour À Voix nue, sur France-Culture, en 1994.



Clément Rosset / Le temps de vivre


Clément Rosset interviewé chez lui par Camille Tassel. (J'avais déjà, il y a quelques années piraté sur ce blog toutes les videos de cet entretien épatant, puisque sauf la première, elles avaient disparu de la Toile. Mieux vaut le voir ici dans sa totalité et non pas saucissonné.)


Clément Rosset  en 1998 à propos de l'idiotie, extrait du fameux documentaire de Jean-Pierre Limosin consacré à Thomas Bernhard dans la série Un siècle d'écrivains (que curieusement l'on ne trouve pas en ligne dans sa totalité)



Clément Rosset invité par François Noudelman pour "Autrement Philosophes"



BONUS : les 29 billets consacrés à Clément Rosset sur La Main de Singe

vendredi 9 décembre 2016

Les "Que-la-gueule-de-bonne"


"Ah ceux-là, ils n'ont que la gueule de bonne !" : voilà ce que je marmonne quand j'éteins mon MacBook ou referme le journal, comme ma mémé de la montagne quand elle coupait la télé ou réussissait à mettre enfin dehors des fâcheux baratineurs. Il semblerait que cette expression soit une exclusivité de ma montagne à vaches, car je n'en trouve nulle trace sur la Toile. Elle ne dit pas autre chose que ce qu'écrivait Clément Rosset dans un de ses morceaux de bravoure les plus irréfutables  : " (La sottise) reçoit et émet un nombre infini de messages. La sottise est de nature interventionniste : elle ne consiste pas à mal ou ne pas déchiffrer, mais à continuellement émettre. Elle parle, elle n'a de cesse d'en "rajouter". " J'observe que cette citation de Clément Rosset est une des plus copiées-collées en ligne sur les réseaux dits sociaux par les "Que-la-gueule-de-bonne", qui, le plus sérieusement du monde, s'en réclament et l'applaudissent. Si les "Que-la-gueule-de-bonne" lisaient vraiment Clément Rosset ils ne s'épancheraient pas à gros bouillon sur la Toile. On reconnait d'ailleurs un lecteur sérieux de Clément Rosset à ce qu'il n'est nullement un tel "Que-la-gueule-de-bonne".
L. W.-O.

Extraits du livre de 
Clément Rosset, 
Le Réel, traité de l'idiotie, 
d'où cette citation est extraite.

(cliquer pour lire à l'aise)





jeudi 8 décembre 2016

"Par opposition à moi-même…"


" Il nous faut être seul et abandonné de tous pour aborder un travail de l'esprit. "
Thomas Bernhard, Béton

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Trois brefs bouts de
Trois Jours
légendaire film de Ferry Raddax
et ci-dessous la transcription 
de ces entretiens de 1970,
dans la traduction française
 du regretté Claude Porcell
lue par Fabrice Luchini

mardi 6 décembre 2016

Gratitude à Julien Gracq

Julien Gracq jeune !










Je viens d'enfin retrouver dans mon bordel deux courriers que m'avait adressés Julien Gracq en 1991 et 1992. Deux "bristols" couverts, des deux côtés, de sa minuscule écriture noire. Je me maudissais de les avoir égarés depuis cette époque et avais fait une croix dessus. Déterminé cette fois à ne plus les perdre, voilà que je ne sais pas où les mettre en sûreté. En attendant de trouver mieux, je les ai aimantés sur la porte de mon frigo entre deux dessins de petites gamines adorables. 

Tout le monde n'a pas eu la remuante surprise de trouver dans sa boîte-aux-lettres des courriers de lecteur de Julien Gracq. Mais je n'ai pas trop la tête qui enfle : je sais que ce gentleman distant mais courtois était le contraire d'un mufle et que, pointilleux sur le chapitre de la politesse, il se faisait un point d'honneur d'envoyer de tels mots aux contemporains qu'il avait lus et de répondre à tous ses interlocuteurs. Je suis donc loin d'être le seul à avoir reçu un beau jour une de ces petites enveloppes, que l'on n'ose ouvrir qu'une fois bien assis, essayant de se persuader qu'on a bel et bien déchiffré notre propre nom et notre propre adresse dans les pattes-de-mouches du recto et son nom et son adresse mythique de Saint-Florent au verso.

Pour ma part je ne lui avais jamais écrit, et la surprise de ses courriers fut donc énorme, et même déstabilisante. D'abord je crus à une farce. Puis je dûs admettre que c'était ma foi vrai. Et qu'il n'y avait rien d'étonnant à cela : nous avions un ami commun, Jean-Louis Leutrat, qui avait lu mon petit bouquin et, dans la foulée, accepté de faire partie du comité de rédaction de la revue La Main de singe, que je lançais. Le regretté Jean-Louis Leutrat, qui a disparu il y a peu d'années, s'imposait alors comme l'un des plus fins lecteurs, connaisseurs et admirateurs de Julien Gracq. Il avait notamment dirigé, en 1972, le Cahier de l'Herne qui lui était consacré. Et Julien Gracq avait préfacé son admirable livre sur Nosferatu, coédité par les Cahiers du Cinéma et Gallimard, fleur qu'il ne fit pas à grand monde !

Vraiment troublé néanmoins par l'attention de Gracq envers mon bouquin, je n'eus pas le courage de lui répondre et préférai passer pour un malotru et un petit con à ses yeux, plutôt que d'entreprendre grotesquement quelque chose comme une correspondance avec cet homme qui, aux miens, incarnait le dernier grand écrivain vivant. 

Malgré mon silence, il m'envoya quelques temps plus tard un chèque incroyablement généreux en zéros pour un abonnement de soutien à La Main de singe, que, bien-sûr, je n'ai jamais porté à la banque pour l'encaisser, nouvelle muflerie de l'admirateur envers son idole. Son abonnement de soutien n'était pas non plus tout à fait une surprise : son éditeur à l'enseigne José Corti, l'épatant Bertrand Fillaudeau, me fit plusieurs fois l'honneur et la confiance de me confier pour ma revue des bonnes feuilles d'auteurs qu'il allait publier, auxquels je consacrais des dossiers copieux, entre autres Julian Rios et Hans Henny Jahnn (dans l'admirable traduction au long cours d'Huguette et René Raddrizani).

C'est le hasard qui me mit pour la première fois sous les yeux un texte de Julien Gracq, au début des années 60, je venais tout juste d'apprendre à lire comme ils disent. C'était dans le numéro 1 de la revue Réalités secrètes, dont on recevait, chez nous, l'abonnement ou le service de presse. En jeune cul-terreux élevé dans une pauvre ferme de montagne à vaches, je fus très intrigué par le titre de ces quelques pages : "La Terre habitable". Tout le travail de mes grands-parents paysans consistait effectivement à rendre ce bout de terre habitable, et ils y réussissaient puisque nous y vivions comme dans une espèce de paradis privé : l'enfer commençait dès que je m'aventurais sur la terre des autres.

J'essayais de déchiffrer cette prose qui me semblait du vénusien mais cette lecture impossible fut néanmoins une leçon forte et inoubliable, puisqu'elle m'anime encore : un précédent lecteur, poète pique-assiette qui squattait chez nous, avait, au stylo-bille rouge, raturé, gribouillé, corrigé, commenté et même noté méchamment le texte de Julien Gracq comme un vulgaire devoir de cancre ! 

Ces enluminures méprisantes m'apparurent comme un outrage méprisable. Je découvrais dans ces ratures, notes et remarques et le délire de leur graphie rageuse comment se matérialisait l'expression de la connerie, du manque de goût et de la haine. Par endroit la bille du stylo avait poignardé l'ouvrage profondément, qui semblait saigner tant l'autre abruti avait fait couler d'encre rouge. Un vaniteux va-de-la-gueule, hirsute poète d'avant-garde qui puait des pieds, s'était permis de saloper les pages d'un autre. Aux exclamations dans la marge, je devinais sans peine que ce crétin se permettait de juger avec grandiloquence un auteur qui ne lui avait strictement rien fait et pour qui je pris illico fait et cause. 

Ces corrections n'étaient pas signées certes, mais je reconnaissais l'écriture délirante et le Bic rouge du coupable : il n'écrivait qu'avec lui, et une fois où je m'étais aventuré à lui demander pourquoi il se servait exclusivement de cet article d'épicerie, il m'avait répondu en le brandissant qu'il fallait, quand on était un poète de haut rang, écrire avec son sang. Ce qui, malgré mon jeune âge, m'avait tout de même semblé un tantinet grandiloquent. Car en plus je savais qu'il était très douillet : quand il s'écorchait aux barbelés ou se faisait le moindre bobo, il pâlissait et tombait dans les pommes, ne supportant pas la vue de son propre sang.

J'entrepris de venger ce Julien Gracq. Un matin, pendant que l'autre abruti cuvait son vin et son joint, je lui ai volé son gros carnet graisseux, où il notait ce que lui dictait son inspiration. Je l'ai trempé dans une flaque de purin mais cela ne délavait pas l'écriture au stylo-à-bille. Comme la mémé dans la cuisine venait d'égorger une volaille et l'avait vidée de son sang dans une casserole, j'ai trempé dedans le calepin et j'ai bien touillé. Rouge sur rouge, l'écriture devenait quasi illisible. Tant que j'y étais je suis allé l'enfoncer dans la montagne de colombins de nos cabinets au coin du fumier. 

Puis je suis retourné le glisser, dégoulinant et poisseux, puant, couvert de mouches bourdonnantes dans la poche de l'autre qui ronflait encore. J'imaginais la gueule qu'il tirerait au réveil en constatant que sa littérature de plumitif avait été corrigée au sang de vraie volaille. Je me suis caché pour assister à la scène, mais notre chien, qui m'avait suivi, alléché par le sang frais et la merde, profita lui aussi du coma éthylique du poète, lui déroba le carnet et s'acharna dessus de toutes ses canines et griffes, faisant un tel raffût que l'autre se réveilla enfin, mais pour constater les dégats. Le chien n'avait dévoré que la couverture, en cuir chic, mais avait recraché tout le papier en charpies sanguinolentes. L'autre con l'aurait tué, s'il n'en avait eu si peur. Cela aussi fut instructif : un pisse-copie était donc aussi un mouille-cul.
L. W. -O.


CIORAN À PROPOS DE GRACQ…


Ces deux contemporains furent chacun lecteur de l'autre. À défaut de se fréquenter. Ils ne se croisèrent que sur le tard. À plusieurs reprises, Cioran cite Gracq. Deux exemples parmi d'autres, tirés de ses Cahiers :

"Je lis un livre assez astucieux et très méchant de Gracq. Il y attaque Cocteau et des gens de cet acabit, morts dès leur vivant.. À quoi bon dépenser tant de verve en pure perte ?
Je pense à mon article sur Valéry, si injuste, si inutilement agressif et ricanant. J'ai un véritable remords de l'avoir écrit. C'est un aboiement de roquet. Quelle honte ! "

"Le portrait de Marguerite Jamois dans Lettrines de Julien Gracq est un chef-d'œuvre. Elle avait joué avec beaucoup d'éclat le rôle de Maya (ndlr : personnage de prostituée dans une pièce à succès de Simon Gantillon, en 1924) — : "Et ce rôle, comme il arrive exceptionnellement, l'avait accomplie et physiquement épanouie — non pas comme Jeanne d'Arc pour Ludmilla Pitoeff, mais comme j'ai vu, pendant la guerre, l'étoile jaune donner soudain port, noblesse, et je ne sais quel feu ensocrcelant à certaines juives."



… ET GRACQ À PROPOS DE CIORAN

Lettre de Gracq à un correspondant inconnu,
où il évoque Cioran

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"J'ai connu un peu Cioran dans ses dernières années;
il m'intéresse toujours."
Julien Gracq





"On écrit d’abord parce que d’autres avant vous ont écrit…"


"Écrivain : quelqu'un qui croit sentir que quelque chose, par moments, demande à acquérir par son entremise le genre d'existence que donne le langage. Genre d'existence dont le public est le vérificateur capricieux, intermittent, et peu sûr, et l'auteur le seul garant fiable. Le public est un réseau qu'on peut toujours court-circuiter sans que rien d'essentiel au phénomène littéraire s'annule : le voyant-témoin qui s'allume dans la cervelle de l'auteur est nécéssaire et suffisant. Le courant qui passe au fil de la plume ne va vers personne ; il faudrait en finir une bonne fois avec l'image égarante des "chers lecteurs" levés à l'horizon de l'écritoire et de l'écrivain, ainsi qu'à celui d'un orateur public la foule dans laquelle il transvase la liqueur enivrante. La littérature va du moi confus et aphasique au moi informé par l'intermédiaire des mots, rien de plus : le public n'est admis à cet acte d'autosatisfaction qu'au titre de voyeur, et généralement contre espèces — et c'est, je le concède, dans cette affaire, le côté peu ragoûtant. "

En lisant en écrivant, p. 160
Éditions José Corti ©



Julien Gracq sur le seuil,
1991 © José Corti ed.
"Pourquoi écrit-on 
La vieille et perfide question que Littérature avait rajeunie au lendemain de la première guerre mondiale n’a toujours pas reçu sa réponse. Il n’est pas sûr , loin de là, qu’elle n’en comporte qu’une seule, il n’est pas sûr non plus que les motivations d’un écrivain ne varient pas tout au long de sa carrière. Quand j’ai commencé à écrire, il me semble que ce que je cherchais, c’était à matérialiser l’espace, la profondeur d’une certaine effervescence imaginative débordante, un peu comme on crie dans l’obscurité d’une caverne pour en mesurer les dimensions d’après l’écho. Le temps vient sans doute sur le tard où on ne cherche plus guère dans l’écriture qu’une vérification de pouvoirs, par laquelle on lutte pied à pied avec le déclin physiologique. Dans l’intervalle, entre l’excès et la pénurie de l’afflux à ordonner, il me semble parfois que s’étend une zone indécise, ou l’habitude, qui peut créer un état de besoin, le goût défensif de donner forme et fixité à quelques images élues qui vont inévitablement s’étiolant, le ressentiment contre le vague mouvant et informe du film intérieur s’entrelacent inextricablement. Il arrive que l’écrivain ait envie tout simplement d’ "écrire" et il arrive aussi qu’il ait envie tout bonnement de communiquer quelque chose : une remarque, une sensation, une expérience à laquelle il entend plier les mots, car les rapports ambigus et alternatifs de l’écrivain avec la langue sont à peu pres ceux qu’on a avec une servante-maîtresse, et sont non moins qu’eux, de bout en bout, hypocritement exploiteurs.

     
Pourquoi se refuser à admettre qu’écrire se rattache rarement à une impulsion pleinement autonome ? On écrit d’abord parce que d’autres avant vous ont écrit, ensuite, parce qu’on a déjà commence à écrire : c’est pour le premier qui s’avisa de cet exercice que la question réellement se poserait : ce qui revient à dire qu’elle n’a fondamentalement pas de sens. Dans cette affaire, le mimétisme spontané compte beaucoup : pas d’écrivains sans insertion dans une chaîne d’écrivains ininterrompue. Apres l’école, qui émaille l’apprenti-écrivain dans cette chaîne, et le fait glisser déjà d’autorité sur le rail de la rédaction, c’est plutôt le fait de cesser d’écrire qui mérite d’intriguer.
     
La dramatisation de l’acte d’écrire, qui nous est devenue spontanée et comme une seconde nature, est un legs du dix-neuvième siècle. Ni le dix-septième, ni, encore moins, le dix-huitième ne l’ont connue ; un drame tel que Chatterton y serait resté incompréhensible ; personne ne s’y est jamais réveillé un beau matin en se disant: " Je serai écrivain", comme on se dit : "Je serai prêtre". La nécessité progressive et naturelle de la communication, en même temps que l’apprentissage enivrant des résistances du langage, a chez tous précédé et éclipsé le culte du signe d’élection, dont le préalable marque avec précision l’avènement du romantisme. Nul n’a jamais employé avant lui cet étrange futur intransitif qui seul érige vraiment, et abusivement, le travail de la plume en énigme : j’écrirai.)"

En lisant en écrivant, p. 143
Éditions José Corti ©

Julien Gracq


BONUS :

Julien Gracq est publié par les 


par Éric Chevillard, 
que je considère comme 
l'un des plus beaux hommages 
à Julien Gracq. Extrait :

"(…) Julien Gracq n’a jamais joué le jeu du cirque littéraire ni brigué les prétendus honneurs de la profession. C’est ainsi, il faut de l’espace à cet amateur de boomerang. Je l’imagine sur les quais de Seine, regardant tournoyer le sien autour de la coupole de l’Institut tandis qu’au-dessous de celle-ci les académiciens meurent un à un dans l’espoir de lui léguer un fauteuil dont il ne veut pas puisque, s’agissant de cette vénérable assemblée, « (...) il n’y a aucune raison d’être contre – il suffit d’être, bien entendu, dehors. On peut s’amuser de la parade de la relève à Buckingham Palace sans vouloir pour autant s’engager dans les Horse Guards » (Lettrines). Puis la fine hélice du boomerang le ramène à sa contrée d’origine, sur les bords de Loire.(…)"